16/04/2010

Guisan et les révisionnistes dévoyés

La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis.


Au lendemain de Pâques, j’ai écrit un mot à Jean-Jacques Rapin pour lui dire ma satisfaction, mêlée d’un peu de surprise, de voir que la commémoration de la mort du général Guisan se passait dans une atmosphère plutôt positive, avec même çà et là une touche de ferveur populaire. Mais j’ajoutais aussitôt: ne nous emballons pas, les coups bas viennent toujours dans un deuxième temps.

Je ne croyais pas si bien dire. Le lendemain, L’Hebdo publiait un dossier intitulé «Quand le mythe se lézarde», dans lequel deux journalistes, équipés de leur petit burin Mont-Blanc, tentaient de rabaisser Guisan, de minimiser son rôle dans la défense de la Suisse, et surtout de donner de lui une image un peu sulfureuse: n’était-il pas antisocialiste? N’a-t-il pas manifesté, à une époque, de l’admiration pour Mussolini? N’était-il pas un petit peu antisémite? Bref, il fallait casser le mythe, pour faire «jaillir la vérité» ou, comme l’écrivait le rédacteur en chef en un poncif bien politiquement correct, «faire un indispensable travail de mémoire».

Ce genre de démarche est le grand drame de notre époque. Elle ressortit à ce qu’on pourrait appeler le révisionnisme malveillant, dans lequel des historiens engagés et des plumitifs agressifs s’acharnent à juger les comportements des grands personnages historiques à l’aune de la morale d’aujourd’hui, et septante ans plus tard – ce qui est un non-sens absolu.

L’attaque se déroule en deux temps. D’abord, on accrédite la thèse que l’Histoire telle qu’on la connaît relève de la manipulation, la bourgeoisie ayant, pour des raisons politiques ou idéologiques, construit un mythe pour cacher la vérité. L’historien lausannois Hans-Ulrich Jost est un spécialiste du genre, détracteur professionnel et obsessionnel de Guisan, en qui il voit un représentant du “totalitarisme suisse” (!). Le plus désolant est que cet historien d’extrême-gauche est devenu l’interlocuteur obligatoire, sinon unique, des journalistes depuis une quarantaine d’années. Ainsi, La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis. Quelques minutes auparavant, un crétin auto-proclamé humoriste avait bavé des insultes du même tonneau. Il y a des jours où le service public se déshonore. On se demande s’il est dirigé.

Une fois construite la thèse du mythe, il s’agit de révéler «ce que cache le mythe», de dénoncer «la propagande de l’armée». Or, dans L’Hebdo, on lit tout cela avec un certain ennui, car il n’y a évidemment rien de nouveau dans le dossier à charge du magazine, rien qu’on ne sache déjà, juste un travail de sape cousu de fil blanc et de mesquinerie.

Guisan avait des défauts, Guisan a fait des erreurs? Oui, quel homme n’en fait pas? Reste qu’il a réussi un tour de force inouï: insuffler l’esprit de résistance aux Suisses. C’est irremplaçable, et pour cela, nous lui devons une reconnaissance sans réserve.  Les chiens aboient…

Philippe Barraud
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