28/03/2010

Le Japon, fossoyeur de la biodiversité

La conférence de la CITES de Doha s’achève sur un désastre pour la biodiversité. Mais sur un triomphe pour le commerce international, et pour le Japon, principal artisan de la disparition des espèces marines. Le Japon nous rejoue à l’échelle des océans un remake du sac de Nankin, et ce n’est pas à son honneur.

On se demande bien à quoi peut servir une commission internationale comme la CITES, vouée en principe à la protection des espèces menacées, lorsqu’elle se contente d’approuver les exigences du commerce international. Les décisions prises à Doha sont particulièrement consternantes, notamment en ce qui concerne les espèces marines.

Voir cette commission se coucher devant les exigences irresponsables du Japon ou de… la Libye laisse pantois. Le premier, depuis des décennies, nargue la communauté internationale en pratiquant la chasse à la baleine, alors que ces mammifères sont protégés, mais personne ne songe à seulement dénoncer cette violation caractérisée du droit international. A Doha, le Japon a obtenu de pouvoir continuer à massacrer le thon rouge et les requins, dont les populations se sont pourtant effondrées.

Pour les industriels japonais, la capitulation sans conditions de la CITES ouvre des perspectives économiques brillantes. En effet, plus une espèce est rare, plus elle est chère, c’est bien connu. C’est pourquoi moins il y aura de requins, de thon rouge, de baleines ou de tigres, plus les commerçants s’enrichiront. La timbale reviendra évidemment à celui qui vendra le dernier requin à un restaurateur de prestige.

Du dernier moa tué par les Maoris en Nouvelle-Zélande, au dernier arbre abattu par les habitants de l’Ile de Pâques, en passant par la mégafaune exterminée par nos lointains ancêtres des âges glaciaires, le scénario est toujours le même: la raréfaction d’une espèce utile à l’homme entraîne de manière automatique la surchasse de cette espèce, car cela rapporte gros, et logiquement, elle provoque sa disparition.

En ce sens, la conférence de Doha est un désastre dans la mesure où, par son laxisme, elle encourage la surchasse et la disparition d’espèces fortement menacées. Sans que personne ne sache d’ailleurs quelles seront les conséquences de ces diverses disparitions.

Il faut s’interroger sur le fonctionnement de cette institution, dont l’indépendance est suspecte, et dont les procédures ont quelques relents totalitaires: ainsi, la Libye a réussi à empêcher autoritairement tout débat sur le thon rouge! Le fait est que la CITES paraît en porte-à-faux flagrant par rapport à l’opinion publique, plutôt acquise aux arguments d’un Nicolas Hulot ou d’une Jacques Perrin, qu’à la prospérité insolente des massacreurs nippons.

Malheureusement, dans ce domaine aussi, on sait qui commande.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

19:38 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer