22/02/2010

La haine de la prospérité

«La place financière suisse est à genoux, continuons le combat !» Tel est le credo du parti socialiste et de sa nouvelle égérie, Eveline Widmer Schlumpf.

La conseillère fédérale est-elle à ce point convaincue que son siège est perdu, pour se mettre à proposer n’importe quoi, pourvu que cela plaise au parti socialiste? En tout cas, juste après sa proposition de supprimer le secret bancaire pour les Suisses aussi, Mme Widmer Schlumpf a reçu l’onction des burgraves socialistes, trop heureux de voir une conseillère fédérale venir leur prêter main forte dans leur entreprise de démolition de la prospérité suisse.

La gauche a décidément une vision terriblement simpliste des choses. A ses yeux, l’évasion fiscale est sur le point d’être éradiquée d’Europe, il faut donc continuer la lutte, et faire la même chose en Suisse. En réalité, l’évasion fiscale ne s’est jamais si bien portée, comme en témoigne la fuite des capitaux étrangers. Car faut-il le dire, la plus grande partie ne fuit pas dans leur pays d’origine, mais dans des paradis fiscaux plus fiables et plus sûrs que la Suisse: Londres, les îles anglo-normandes, Singapour, les Etats-Unis et leurs protectorats des Caraïbes, où aucun ministre des finances européen n’ira jamais dicter sa volonté, comme on peut le faire à Berne.

La gauche prétend traditionnellement se soucier de l’emploi mais, en réalité, elle fait tout pour casser la prospérité de la Suisse, et donc alimenter le chômage. Il faut rappeler qu’il n’y a rien de plus mobile que l’argent: un clic de souris suffit. Il faut rappeler aussi que nos principaux concurrents dans la gestion de patrimoine ont juré de saigner la Suisse, et de récupérer ses clients – et cela paraît fonctionner plutôt bien. Il faut rappeler enfin que le secret bancaire se décline d’une infinité de manières, dont certaines sont absolument inviolables, comme le trust. Or, la Suisse reste extrêmement timide dans l’exploitation de cet instrument, où les anglo-saxons sont passés maîtres, avec la bénédiction de leurs gouvernements respectifs. Le livre de notre consœur Miret Zaki, Le secret bancaire est mort, vive l’évasion fiscale ! (Ed. Favre) est lumineux à cet égard. Les dirigeants socialistes devraient le lire, au risque de révisions déchirantes il est vrai.

Il est temps que nos autorités se réveillent, et prennent conscience de la vaste entreprise de pillage de la Suisse qui s’organise. Il est désolant à cet égard de voir une conseillère fédérale «bourgeoise» (sic) et des conseillers d’Etat de droite favoriser l’inquisition fiscale chez les citoyens suisses aussi, avec descentes de police dans vos classeurs personnels et perquisitions discrètes dans vos comptes bancaires, comme le fisc le pratique en France.

Heureusement, les Suisses sont attachés au secret bancaire, et les délires inquisitoriaux de Mme Widmer Schlumpf n’ont aucune chance de passer la rampe, sinon du parlement, en tout cas du peuple. Il n’en reste pas moins que face à ces incertitudes et à ces dérapages au plus haut niveau de l’Etat, des capitaux considérables, détenus par des citoyens suisses, sont déjà partis au Delaware, à Miami, aux Bahamas ou à Guernesey. Là au moins, le secret bancaire mérite encore son nom. Et pour longtemps.

Philippe Barraud
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08/02/2010

De grâce, taisez-vous !

Interrogé dimanche soir par La Première, le président du Parti libéral-radical, Fulvio Pelli, a tenu un discours d’homme d’Etat, un discours qu’on aimerait entendre davantage au Conseil fédéral.

Qu’a dit M. Pelli? Des choses toutes simples, mais élémentaires et fondamentalement justes. En particulier, il a exhorté le Conseil fédéral à cesser de réfléchir à haute voix, devant les micros, pour élaborer dans le calme et le silence la stratégie cohérente et solide qu’exige la crise que nous traversons. Après quoi, il devra prendre les décisions qui s’imposent, et enfin, les communiquer.

Cela paraît tellement élémentaire qu’on reste confondu de voir le Conseil fédéral oublier ces principes de base de l’action gouvernementale. Au lieu de cela, il court après les médias qui, il faut bien le dire, s’amusent énormément avec ce gouvernement d’opérette: lancez quelques provocations, moquez-vous d’eux, et nos ministres réagissent au quart de tour, se justifient, s’expliquent, se contredisent, et finalement, se ridiculisent collectivement.

De grâce, Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, taisez-vous! Arrêtez de vous faire tourner en bourrique par les journalistes, arrêtez de dévoiler votre éventuelle stratégie à vos adversaires, arrêtez de capituler avant d’avoir combattu! Bien sûr, une politique de communication enfin maîtrisée fera rugir la presse, qui depuis le temps a pris ses aises, mais quelle importance? La presse qui s’acharne sur le Conseil fédéral se préoccupe moins d’informer la population que de faire elle-même de la politique, c’est tellement grisant: lorsque le pouvoir est faible, la tentation est grande de se substituer à lui.

Le gouvernement de la Suisse doit avoir des priorités plus importantes que de plaire à la presse dominicale. Il doit gouverner dans le calme et la résolution, sur le long terme, indifférent aux vents contraires et aux provocations de ceux qui veulent l’affaiblir. Il faut absolument que le Conseil fédéral entende Fulvio Pelli et reprenne la barre du bateau ivre fédéral.

Il y a quelques jours, Didier Burkhalter déplorait le déficit d’image du Conseil fédéral, et de toute autorité en général, systématiquement dévalorisés et moqués par les médias et, a fortiori, par l’opinion publique. Il a parfaitement raison. La légitimité du pouvoir se fonde sur le respect des citoyens pour ses élus. A force de présenter ceux-ci comme des guignols, à force de saper continuellement leur action, cette légitimité disparaît, et cela, c’est le pire qui puisse arriver à notre pays.

Philippe Barraud
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08:40 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

04/02/2010

Micheline Calmy-Rey et l’esprit de trahison

 

«Il n’y a aucune stratégie visible. Nous devons nous montrer plus décidés». Qui parle ainsi, à propos de l’absence du Conseil fédéral dans le débat fiscal avec l’Allemagne? Non pas un chef de parti, non pas un journaliste conseilleur comme il y en a tant, mais la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey ! Qui en remet un couche, en déclarant tout de go: «Comme ministre des Finances, j’aurais moi aussi acheté les données des clients des banques». Cela, quelques heures après que Hans-Rudolf Merz ait condamné ces pratiques !

Dans quelle république bananière sommes-nous donc? En pleine crise, est-il tolérable qu’une ministre tire dans le dos d’un collègue en grandes difficultés, dénonce avec mépris une situation dont elle est coresponsable, et enfin prenne le parti de l’Etat qui nous attaque?

Les Suisses peuvent à bon droit se sentir trahis, du haut en bas de l’échelle. En bas, c’est une véritable campagne médiatique anti-suisse qui fait rage: radio et télévision n’invitent, délibérément, que des contempteurs de la Suisse, des journalistes plus allemands que suisses, les Roger de Weck, les Frank A. Meyer, danseur mondain de la jet set berlinoise. A ce «parti allemand» s’ajoutent les politiciens de gauche, les Nordmann, les Levrat, prêts à ruiner leur pays pour complaire au grand voisin du Nord. Et maintenant, c’est à la tête de l’Etat que la trahison s’installe. En Suisse aussi, le poisson pourrit par la tête.

Et comme toujours, personne, jamais, ne demande à l’Allemagne pourquoi tant de ses citoyens essaient d’échapper à son fisc confiscatoire, pourquoi tant d’Allemands veulent fuir leur pays pour venir travailler en Suisse. Oui, pourquoi? Mme Merkel a sans doute une réponse toute faite, mais personne ne la lui posera.

Est-il encore possible au Conseil fédéral de tenir la barre dans ces conditions, lorsque les ministres se tirent dans les jambes, tandis que la Présidente inaugure les chrysanthèmes au lieu de faire son boulot, c’est-à-dire ramener l’ordre au gouvernement, et se dresser avec force contre les attaques qui se multiplient?  La réponse est clairement non. Notre gouvernement est littéralement échoué dans le fossé. Il doit donc, logiquement, reconnaître son impuissance, et démissionner en bloc.

Philippe Barraud
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16:49 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer

02/02/2010

La Suisse, entre les maîtres-chanteurs et le Panzer allemand

La France, l’Allemagne, l’Italie sont, selon les besoins, des Etats de droit ou des Etats voyous. Plutôt que de s’en offusquer, il faut contre-attaquer, et jouer dans le même registre car pour la Suisse, la catastrophe menace.

Les vols de données dans les banques suisses vont se multiplier, puisque ce genre de délit permet de gagner beaucoup d’argent sans prendre de grands risques. Pour les banques, c’est une authentique catastrophe, qui porte en germe une véritable débâcle pour l’ensemble du secteur bancaire, les emplois qu’ils générère, et donc l’économie en général. En effet, la confiance que les établissements suisses avaient réussi à construire au fil des années est en train de s’effondrer comme un château de cartes. Et sans confiance, il n’y a pas de banque, c’est aussi simple que cela.

Hier c’était la France qui fricotait avec les voleurs; aujourd’hui – une fois de plus, il faut le dire – c’est l’Allemagne. Ce comportement, délibérément hostile à la Suisse, est honteux, ignoble, tout ce qu’on voudra, mais il est, et se perpétuera. Dès lors, que faire?

Du côté des banques, il faudra améliorer grandement le recrutement, mais surtout verrouiller encore davantage l’accès aux données sensibles, y compris pour les cadres supérieurs. Personne, rigoureusement personne, du haut en bas de l’échelle, ne devrait avoir accès aux données complètes des clients. Mais ce sont surtout les informaticiens qui doivent être surveillés de très près car, de par la nature de leur travail, ils sont idéalement placés pour tromper la vigilance de leurs supérieurs, souvent dépassés sur le plan technique, et se procurer les mots de passe et codes d’accès nécessaires pour trahir l’entreprise. Mais ne rêvons pas: il y aura toujours des employés félons, et d’autant plus s’ils sont encouragés et stipendiés par des Etats étrangers.

Du côté de la Suisse officielle, elle doit se montrer beaucoup plus ferme dans toutes ses relations européennes, et abandonner cette attitude d’hôtelier bien élevé qu’affecte Hans-Rudolf Merz – jamais un mot plus haut que l’autre, confiance aveugle dans la partie adverse au moment même où elle est – pardon pour l’expression – en train de le baiser.

La Suisse a le droit le plus absolu de geler toutes les négociations en cours, mais aussi d’user d’une riposte graduée en termes de tracasseries diverses, qu’il s’agisse de douanes, de circulation des frontaliers, de transit des poids lourds, de préférence nationale en matière d’emploi (que la Suisse est la seule à ne pas pratiquer en Europe). Il ne s’agit pas de prendre des mesures officielles, mais de suggérer aux fonctionnaires compétents de se montrer un peu plus zélés. Nos chers voisins pratiquent eux-mêmes admirablement l’art de la tracasserie à l’égard de la Suisse, sans avoir l’air d’y toucher en hauts lieux. Tenez: Sarkozy nous jure un amour immense, tout en saisissant chaque occasion de nous taper dessus. Eh bien! Faisons la même chose, arrêtons enfin d’être bien élevés, avant d’être complètement à poil…

Enfin, selon la saine loi du talion, la Suisse pourrait encourager ses services secrets à collecter toutes sortes de données sur nos partenaires étrangers, et en particulier leurs dirigeants, puis au besoin organiser des fuites dans la presse, de manière à disposer d’une monnaie d’échange.

Quant aux voleurs qui fricotent avec Mme Merkel et M. Wœrth, tels le nommé Hervé Falciani, petite frappe méprisable, ils devraient commencer à réaliser qu’ils jouent un peu trop gros, et qu’à force de menacer des intérêts colossaux, ils risquent de connaître le triste, mais juste sort des maîtres-chanteurs:  ils rêvaient de retraite anticipée aux Bahamas, et voilà qu’ils finissent coulés dans un pilier d’autoroute, ou lesté d’un parpaing au fond d’un lac. Un fin très morale, disons-le.

Philippe Barraud
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17:03 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer