08/02/2010

De grâce, taisez-vous !

Interrogé dimanche soir par La Première, le président du Parti libéral-radical, Fulvio Pelli, a tenu un discours d’homme d’Etat, un discours qu’on aimerait entendre davantage au Conseil fédéral.

Qu’a dit M. Pelli? Des choses toutes simples, mais élémentaires et fondamentalement justes. En particulier, il a exhorté le Conseil fédéral à cesser de réfléchir à haute voix, devant les micros, pour élaborer dans le calme et le silence la stratégie cohérente et solide qu’exige la crise que nous traversons. Après quoi, il devra prendre les décisions qui s’imposent, et enfin, les communiquer.

Cela paraît tellement élémentaire qu’on reste confondu de voir le Conseil fédéral oublier ces principes de base de l’action gouvernementale. Au lieu de cela, il court après les médias qui, il faut bien le dire, s’amusent énormément avec ce gouvernement d’opérette: lancez quelques provocations, moquez-vous d’eux, et nos ministres réagissent au quart de tour, se justifient, s’expliquent, se contredisent, et finalement, se ridiculisent collectivement.

De grâce, Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, taisez-vous! Arrêtez de vous faire tourner en bourrique par les journalistes, arrêtez de dévoiler votre éventuelle stratégie à vos adversaires, arrêtez de capituler avant d’avoir combattu! Bien sûr, une politique de communication enfin maîtrisée fera rugir la presse, qui depuis le temps a pris ses aises, mais quelle importance? La presse qui s’acharne sur le Conseil fédéral se préoccupe moins d’informer la population que de faire elle-même de la politique, c’est tellement grisant: lorsque le pouvoir est faible, la tentation est grande de se substituer à lui.

Le gouvernement de la Suisse doit avoir des priorités plus importantes que de plaire à la presse dominicale. Il doit gouverner dans le calme et la résolution, sur le long terme, indifférent aux vents contraires et aux provocations de ceux qui veulent l’affaiblir. Il faut absolument que le Conseil fédéral entende Fulvio Pelli et reprenne la barre du bateau ivre fédéral.

Il y a quelques jours, Didier Burkhalter déplorait le déficit d’image du Conseil fédéral, et de toute autorité en général, systématiquement dévalorisés et moqués par les médias et, a fortiori, par l’opinion publique. Il a parfaitement raison. La légitimité du pouvoir se fonde sur le respect des citoyens pour ses élus. A force de présenter ceux-ci comme des guignols, à force de saper continuellement leur action, cette légitimité disparaît, et cela, c’est le pire qui puisse arriver à notre pays.

Philippe Barraud
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