23/01/2010

Les ours blancs ne sont-ils là que pour amuser nos enfants ?

Samedi 23 janvier, La Première a diffusé un intéressant reportage sur les cours de sensibilisation à l’environnement dispensés, entre autres, par le WWF dans les classes. A cette occasion, on a pu entendre un bambin de quatre ans réciter la leçon suivante, sans doute entendue à l’école ou à la maison: «On pollue la planète, alors la glace fond et les ours blancs disparaissent, et on ne pourra plus aller les voir sur la banquise.»

La dernière partie de la phrase est un constat d’échec cuisant, et on ose croire que les formateurs WWF ne se laissent pas aller à ce genre de démagogie, même pour convaincre. En matière de biodiversité, en effet, le fait que nous ne puissions plus aller voir des ours en Arctique ou des lions en Afrique, devrait être le dernier de nos soucis. Les espèces, quelles qu’elles soient, ne sont pas là pour l’amusement des humains, et plus précisément pour les plus riches d’entre eux. Le problème est ailleurs. Il est, en particulier, que si l’ours blanc disparaît, il entraînera de nombreuses autres espèces avec lui, pour aller allonger la cohorte déjà longue des espèces disparues par la faute des hommes. Toute créature vivante qui disparaît, spore, plante ou animalcule, provoque la disparition d’espèces associées à son écologie. Aucun être vivant n’est parfaitement indépendant, autonome et autarcique. Par conséquent, la perte de biodiversité est un phénomène qui s’autoalimente, et c’est pour cela qu’il faut y veiller – ce que nous ne faisons pas.

Très souvent, le discours écologiste est entaché d’un anthropocentrisme dévastateur. Si le petit garçon cité plus haut continue à croire que les animaux ne sont là que pour notre amusement, il risque fort, devenu adulte, de cultiver l’idée détestable et très répandue selon laquelle la nature est au service de l’homme, pour le nourrir ou le divertir, et qu’il peut en disposer à sa guise. Raisonnement qui implique que l’homme est au-dessus de la nature, et que par conséquent il n’en fait pas partie. C’est avec ce genre de raisonnement qu’un jour, les ours blancs ne pourront plus venir voir les humains sur la banquise, parce que les hommes auront disparu, victimes d’un tragique malentendu…

Ce biais anthropocentrique se retrouve aussi dans le discours de ceux qui tentent – en vain, hélas – de sauver la forêt pluviale et les espèces végétales qu’elle abrite, qui auront disparu avant même que nous n’ayons pu les identifier: il faut sauver la forêt, disent-ils, car on va y trouver «des médicaments contre le cancer.» Toujours cette idée utilitariste de la nature, qui peut bien crever si elle n’a rien de concret à apporter aux hommes!

Mais sommes-nous capables de dépasser ces inepties? Sommes-nous capables de nous engager pour préserver la biodiversité, même si cela ne nous rapporte rien à court terme? A entendre tant de parents, de profs et d’écologistes, tous pleins de bonne volonté maladroite, j’ai les plus grands doutes.
Philippe Barraud
www.commentaires.com

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