20/01/2010

Claude Béglé: Béglé m'a tué

Le principal artisan de la chute de Claude Béglé, ce n’est ni la presse alémanique, ni les apparatchiks de La Poste. C’est Claude Béglé lui-même.

La démission de Claude Béglé était attendue. Il n’empêche que les médias romands tiennent là un os qui leur est cher: celui de la minorité romande brimée par les Alémaniques. Et ils se lâchent: ils parlent de «victoire des hyènes et des pleutres», de «campagne de haine», de «visionnaire incompris»… Allons, on se calme !

L’analyse de la presse alémanique est moins paranoïaque, mais plus pertinente: Claude Béglé, c’était d’abord une monumentale erreur de casting, qui crevait les yeux de tout le monde, sauf du Conseil fédéral, instance de nomination. Et le principal intéressé s’est employé avec constance à confirmer cette analyse. Comme l’écrit Pierre Veya dans Le Temps, «un président de conseil d’administration qui expose sur la place publique des options stratégiques, mouche ses directeurs, critique ses prédécesseurs et étale ses visions comme le consultant qui cherche un nouveau job finit toujours par se brûler les ailes.»

La Poste est une entreprise extrêmement particulière, en cela notamment qu’elle est étroitement liée au monde politique, mais aussi profondément intégrée dans la population. Partant, le style du manager classique du secteur privé, qui parle de faire des profits à l’étranger – sans dire comment d’ailleurs – ne convient pas. Surtout si ce style mêle autoritarisme et absence d’écoute: les postiers sont attentifs, et ils sont nombreux, de même que leurs relais politiques.

M. Béglé n’est peut-être pas un mauvais communicateur, mais il a commis une faute grave en croyant qu’on pouvait parler de La Poste à bâtons rompus avec les médias, comme si c’était une entreprise comme une autre. La comparaison avec Nestlé lui a sans doute porté le coup de grâce. En cela, il a montré qu’il n’avait pas compris la vraie nature de l’entreprise, ni son importance dans le cœur des Suisses, mais qu’il s’intéressait davantage à sa propre trajectoire qu’à celle de l’institution. C’est un défaut rédhibitoire pour un patron.

Ne nous laissons donc pas aller à la Schadenfreude coutumière du Romand minoritaire et dépressif. M. Béglé avait peut-être des visions, mais ce n’est pas pour cela, ou parce qu’il serait trop brillant, qu’il est tombé: il ne suffit pas d’avoir des visions (Jeanne d’Arc en avait aussi), encore faut-il qu’elles soient bonnes pour l’institution, et pour ceux auxquels elle doit un service public de qualité.

 

Philippe Barraud
www.commentaires.com

09:31 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer