23/12/2009

Noël : revoici les champions du reniement

A chaque Noël ça recommence: la traque aux dernières manifestations du christianisme dans la société s’intensifie.

Cette année, c’est le règlement scolaire du canton de Zurich qui retient l’attention. Un article, apparemment ajouté à la sauvette et sans débat, invite les enseignants à éviter les références chrétiennes dans les chants de Noël à l’école – ce qui pose tout de même certains problèmes, si on veut bien se souvenir que Noël, en cherchant bien, reste bel et bien une fête vaguement chrétienne !

Ainsi, il est conseillé de s’en tenir à la tradition païenne (Mon beau sapin, le solstice…), plutôt que d’évoquer le Divin Enfant dans des classes où il pourrait y avoir des élèves musulmans. Dame: dans leur tradition, Jésus n’est qu’un prophète parmi d’autres, l’école publique ne saurait donc prendre le risque de les traumatiser avec la révélation qu’il est le fils de Dieu.

C’est ainsi que petit à petit, s’opère l’éradication des valeurs chrétiennes de notre société, devenue si multiculturelle qu’elle en a perdu toute identité. Enfin, c’est ce que croient les politiciens intégristes de la laïcité, et les dévots de la pensée politiquement correcte. En réalité, au fond des âmes, l’enracinement chrétien reste fort, même s’il hésite à se manifester: après tout, personne n’aime prendre des coups et des insultes.

Le paradoxe, c’est que ce nettoyage ethno-religieux est avant tout le fait de l’Etat et… des Eglises ! Par paresse et par souci de sa propre tranquillité, l’Etat rejette le phénomène religieux dans les marges des affaires privées, en oubliant qu’il s’est lui-même construit sur les valeurs chrétiennes.

Les Eglises officielles, quant à elles, s’égarent à tel point dans l’activisme de l’accueil de l’Autre, qu’elles en arrivent à taire leurs propres valeurs, à renier leur propre foi, sans même que le coq eût à chanter. Vous trouverez beaucoup de pasteurs et de prêtres pour vous dire que le plus important est de ne pas choquer les non-chrétiens, quitte à remballer son crucifix et ses cloches. Désolé, mais pour nous, le devoir d’accueil ne va pas jusque là.

Alors quelle pitié, que de voir des serviteurs de l’Eglise mettre leur foi (s’ils l’ont encore) sous le boisseau, en témoignage d’accueil envers l’autre ! Et surtout, quelle erreur ! Comment voulez-vous que l’autre vous reconnaisse et vous respecte, si vous n’avez plus d’identité, plus de forme, plus d’aspérités, et si vous ne vous respectez pas vous-mêmes ! Et que penser de serviteurs de l’Eglise qui vous parlent du prosélytisme comme d’une provocation, voire d’une faute ? Surtout ne pas tenter d’amener l’autre à la foi dans laquelle on croit, non, ce ne serait pas bien ! Mais alors, que vaut cette foi, si elle est indigne d’être propagée ? Et que représente encore le Christ, s’il n’est plus qu’un agitateur palestinien?

En société, et surtout dans une société qui se délite comme la nôtre, les individus ont besoin de sentiments d’appartenance. Or c’est précisément ce que leur refusent les Eglises, pour qui ce sentiment d’appartenance à la communauté chrétienne est porteur de valeurs négatives, puisqu’elles marquent une différence par rapport à l’Autre. Ce faisant, les Eglises contribuent très activement à la désertion des fidèles, qui ne voient pas pourquoi ils devraient avoir honte de leur foi. Au reste, soyons juste: toutes les églises ne se vident pas. Les mouvements évangéliques recrutent à tour de bras dans le monde, précisément parce qu’ils n’ont pas honte de leur foi en Christ. Nous ne partageons clairement pas leur lecture de la Bible, bien trop littérale, mais rendons hommage à la vigueur de leur foi, qui ose s’afficher et s’exprimer.

Si elles veulent retrouver le cœur de leurs fidèles, passés ou présents, mais tous découragés, les serviteurs des Eglises feraient bien d’assumer leur message. Si la seule conclusion qu’elles puissent donner à leurs fidèles est que toutes les religions se valent, alors on peut tout aussi bien transformer les églises en salles de concerts ou en centres de loisirs. Multiculturels, cela va de soi.

Philippe Barraud
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