15/12/2009

Va-t-on enfin interdire les chiens qui attaquent les enfants?


Parce que les autorités politiques ne prennent pas leurs responsabilités, on n’a pas fini de déplorer des attaques d’enfants par des molosses. Il faut les interdire.

C’est étonnant, non ? Il faut lire la presse alémanique pour savoir ce qui se passe à Prévenrenges, dans le canton de Vaud ! Serait-ce que la police vaudoise filtre subtilement l’information qu’elle délivre, lorsqu’elle n’est pas à son avantage? Si c’est le cas, elle ferait mieux de filtrer ses décisions plutôt que l’information, comme celle de rendre un chien agresseur à ses propriétaires trois heures après une attaque grave – en toute illégalité, d’ailleurs.

Bref rappel des faits: le 9 décembre, à Préverenges, un pitbull qu’une femme promenait avec trois autres chiens s’est rué sur un enfant de onze mois et l’a mordu au visage, à quelques centimètres de l’œil gauche. La gendarmerie est intervenue et a emmené le chien. Trois heures plus tard, elle le rendait à sa propriétaire, estimant qu’il n’était pas dangereux. Conseillère d’Etat en charge de la police, Mme Jacqueline de Quattro s’est saisie de l’affaire, a ordonné des investigations, et a finalement fait séquestrer le chien.

C’était la moindre des choses, dans la mesure où, il faut bien le dire, la police a non seulement bâclé son travail, mais a outrepassé ses compétences. En effet, la décision de rendre un chien mordeur à son propriétaire ne relève pas de la police, mais du préfet et du vétérinaire cantonal, décision qui ne peut être rendue qu’après observation de l’animal pendant un certain temps. Plus grave, les policiers ne se sont manifestement pas enquis de la conformité du chien et de sa propriétaire à la législation: or, l’enquête diligentée par Mme de Quattro a montré que la propriétaire n’était pas en possession d’une autorisation de détention pour ce type de chien, et qu’elle n’avait pas suivi les cours obligatoires, pas davantage que le chien d’ailleurs. Cerise sur le gâteau, la police aurait éconduit le père de l’enfant qui voulait déposer plainte.

Ce genre de bavure est déplorable, et il est heureux que la ministre de tutelle ait réagi vite et fort. On regrette d’autant plus qu’elle n’aille pas jusqu’au bout du raisonnement, qui consiste à préconiser l’interdiction des chiens dangereux. Elle a expliqué que «quand on commence à interdire, on ne sait plus où on s’arrête». C’est l’argument classique de ceux qui ne veulent rien faire. En politique, on sait au contraire très bien où on s’arrête: on s’arrête là où on a décidé de s’arrêter.

C’est une évidence qu’il faut répéter encore et encore: personne, strictement personne, n’a besoin d’un chien de combat (ou de trois, ou de quatre, comme les personnes impliquées dans cette affaire). Un simple citoyen n’a pas le droit de se promener dans la rue avec une arme automatique chargée, et chacun accepte cette règle: la liberté individuelle ne va pas jusque là. Or un molosse n’est rien d’autre qu’une arme chargée, dépourvue de cran de sécurité par ailleurs. Et pourtant, il est permis de mettre en danger la vie d’autrui, au gré de chacun, en sortant ces fauves dans les lieux publics, en particulier là où il y a de jeunes enfants. C’est parfaitement inadmissible.

Malheureusement, le pouvoir politique semble tétanisé face aux lobbies des fanatiques des molosses et des vétérinaires cantonaux qui, pour des raisons qui nous échappent, s’opposent obstinément aux interdictions. Balayons tout cela! La population n’a pas à subir les menaces des molosses, même si ceux-ci jouent le rôle de béquille psychologique pour des propriétaires déséquilibrés. Faudra-t-il, là encore, une initiative populaire pour convaincre les politiques de faire leur boulot?

Philippe Barraud
www.commentaires.com

11:11 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer