18/11/2009

Mme Calmy-Rey joue l’UE contre la Suisse

Il paraît que l’Union européenne «en a assez de la Suisse qui demande tout le temps des solutions particulières sur chaque sujet». C’est notre ministre des Affaires étrangères qui le dit, comme par hasard deux jours après un discours identique de  l’ambassadeur de l’UE. En somme, Mme Calmy-Rey a choisi son camp. Contre la Suisse, et contre les Suisses.

Il est extrêmement inquiétant de voir que le lobbying en faveur de l’adhésion n’est plus seulement l’affaire de groupuscules engagés, mais provient de la tête même de l’Etat. Et la foucade de Mme Calmy-Rey apparaît curieusement coordonnée avec les menaces proférées par l’ambassadeur Reiterer cette semaine dans les médias qui se précipitent. De là à penser que la ministre et le commis-voyageur de l’UE se sont concertés pour administrer un petit électrochoc aux Suisses, il n’y a qu’un pas.

Mme Calmy-Rey a ajouté que les exigences de la Suisse coûtent cher à l’UE, et que plus généralement «la voie des bilatérales n’est pas un chemin parsemé de pétales de rose. Cela devient de plus en plus complexe et l’on prend le risque de se perdre dans les détails et de ne plus voir l’ensemble.»

Personne n’a jamais dit que la voie bilatérale serait facile. Mais il faut rappeler dans le même temps que pour les pays membres, la voie de l’adhésion est encore plus difficile! L’Union à 27 est en réalité une grosse machine à deux vitesses, avec des membres nettement plus égaux que les autres, où le vrai pouvoir se partage entre Paris et Berlin. Le «reste» n’est que menu fretin, condamné à suivre sans piper mot.

L’immense chance de la Suisse consiste précisément, malgré l’effet rouleau compresseur de l’UE, malgré sa petitesse, à pouvoir réclamer des solutions particulières. En dehors de l’Union, elle a encore un petit mot à dire, et tant pis si cela énerve tout le monde; à l’intérieur, elle serait condamnée à suivre sans discuter, et ne pourrait même pas rêver de solutions particulières.

De toute façon, et jusqu’à preuve du contraire dans les urnes, les Suisses tiennent à la voie bilatérale. Dès lors, le rôle du gouvernement en général, et de la ministre des Affaires étrangères en particulier, est de défendre ce choix, non de le dénigrer et de le saboter dans des cercles divers. Les Suisses attendent de leur gouvernement qu’il défende la position qu’ils ont choisie démocratiquement – les bilatérales – et non qu’il joue le jeu de la partie adverse.

Si vraiment Mme Calmy-Rey ne se sent pas en mesure d’assumer sa tâche conformément aux vœux du peuple, personne ne l’oblige à rester à son poste. Il serait même préférable qu’elle le quitte: ce serait la moindre des marques de respect envers les Suisses.

Philippe Barraud
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