06/11/2009

Assistance au suicide: le droit de mourir relève de la liberté de chacun, pas de l’Etat

La volonté du Conseil fédéral de réglementer scrupuleusement l’aide au suicide est malvenue. Le choix de mourir fait partie de nos libertés intangibles, il ne doit pas dépendre de médecins ou de juristes.

On se trouve typiquement là dans un domaine où trop de droit va à l’encontre des intérêts et de la dignité des citoyens. Les deux options de modification du Code pénal proposées sont inopportunes – pour preuve, elles placent d’emblée les choses sur le plan pénal!

La première option, exigée par un Pascal Couchepin seul de son avis, vise à interdire purement et simplement l’assistance au suicide. Une telle proposition n’a aucune chance d’être acceptée, ni par le parlement ni par le peuple, et c’est tant mieux. La population suisse tient à cette possibilité ultime, qui permet à des personnes ayant fait le choix de mourir de le faire de manière digne et propre.

La deuxième option, moins extrémiste, n’est pas plus souhaitable. On accepte évidemment l’idée que le «suicidant», comme l’exprime le Conseil fédéral, doit avoir fait part d’une volonté librement émise et «mûrement réfléchie», bien qu’on ne sache pas comment mesurer ce dernier critère. En revanche l’exigence de deux avis médicaux est lourde et inopportune, car, en médicalisant le processus, on retire au «suicidant» son libre arbitre, pour confier la responsabilité de sa mort ou de sa vie à des experts extérieurs qu’il ne connaît même pas. Cela est clairement inadmissible. La décision de mourir est de nature philosophique et éminemment personnelle, elle ne doit pas dépendre de médecins qui, bien entendu, ne seront jamais d’accord entre eux. Imaginez la situation: une personne a décidé de mourir, après mûre réflexion; et elle devrait subir, dans sa souffrance, des examens, des interrogatoires, faire des recours interminables, implorer enfin le droit de disparaître à des médecins qui ont confisqué sa volonté?

C’est d’autant plus inadmissible que le Conseil fédéral veut créer des catégories, et inscrire dans la loi qui a le droit de mourir, et qui ne l’a pas. Ainsi, si les deux médecins, ou un seul, concluent que l’issue ne sera pas fatale à brève échéance, le candidat se verra refuser de manière autoritaire la délivrance à laquelle il aspire, fût-il en proie à des souffrances insupportables. De la même manière, une personne victime d’une maladie chronique non mortelle se verra interdit de suicide assisté, et dirigé, contre son gré, vers des soins palliatifs, où il devra «continuer à vivre dans la dignité», selon les mots du gouvernement. Mais pardon: qui décide ce qu’est vivre dans la dignité pour un individu donné? L’administration fédérale, ou la personne en cause? De quel droit veut-on nous infantiliser ainsi?  On voudrait voir M. Couchepin expliquer ce raisonnement à une personne victime, par exemple, d’un locked-in syndrome, décrit dans le livre «Le Scaphandre et le papillon.» Votre vie est un enfer sans doute, mais moi, «je soutiens des projet de vie», pas des «projets de mort».

Président d’Exit, le Dr Jérôme Sobel a vivement réagi à ces propositions, et promis un référendum qui sera facile à gagner si le gouvernement devait persister. Il a profondément raison. Encore une fois, la décision de mourir est par essence subjective et l’Etat n’a pas à réglementer le suicide, qu’il soit assisté ou non. C’est une domaine qui, contrairement à ce que pense Berne, ne relève pas de la médecine et des experts, mais de la conscience individuelle, du libre-arbitre, éventuellement de la foi, et très profondément, de la liberté de chacun. Le choix de mourir fait partie des fardeaux terribles et magnifiques de notre liberté. Ne laissons par l’Etat nous en dépouiller.

Philippe Barraud
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