23/10/2009

La TSR se moque des otages

Pressé d’afficher un décompte des jours de captivité des otages suisse en Libye sur l’écran du Téléjournal, le rédacteur en chef de l’actualité à la TSR, Bernard Rappaz, a dit niet. Il s’en est expliqué dans une interview d’une grande veulerie sur l’antenne de La Première.

Ce procédé télévisuel, utilisé notamment par les chaînes françaises dans le passé, a un grand pouvoir de mobilisation populaire, et manifeste ainsi la solidarité d’un pays avec des compatriotes en grandes difficultés.
Le municipal UDC de Vernier Stéphane Valente, qui correspond régulièrement avec les deux Suisses retenus en Libye, a demandé à la TSR que deux silhouettes, avec un décompte quotidien des jours de détention (458 mardi dernier), apparaissent en incrustation lors du téléjournal des trois chaînes nationales. Le téléjournal de la TSR étant rediffusé sur TV5 Monde, l’audience serait très importante, a-t-il expliqué.
Parfaitement insensible à ces considérations, Bernard Rappaz s’est livré, en réponse à une journaliste très respectueuse sur Médialogues, à un exercice de langue de bois particulièrement détestable. Il a d’abord invoqué le fait qu’il n’avait pas reçu de demande «officielle» (faut-il donc disposer d’un huissier et de papier timbré pour s’adresser au TJ ?) , puis esquiva ses responsabilités en affirmant que c’était à la SSR de prendre une décision dans ce domaine. Voyez avec les chefs et les politiciens, moi, je m’en lave les mains, quoi…

Le chef de l’actualité à la TSR a ajouté: «Sur le dossier libyen, notre ligne de base est de nous en tenir aux faits, à l’actualité. Notre travail n’est pas de faire campagne et de sortir de notre devoir d’information». Pour s’enfoncer encore un peu, M. Rappaz a brandi l’argument selon lequel c’est une affaire très compliquée, et puis on se sait pas tout, et enfin une telle action pourrait être à «double tranchant». Cerise sur le gâteau, Bernard Rappaz a osé avancer que l’un des otages n’était pas complètement suisse! Oui, il a osé.

Ce refus de se mouiller un minimum pour les otages suisses, de la part de la télévision de service public, est une véritable honte. Et s’abriter ainsi derrière des arguments de petit fonctionnaire est indigne d’un journaliste qui participe jour après jour à la formation de l’opinion en Suisse romande, grâce à un monopole digne de la Corée du Nord (ou de la Libye).

Philippe Barraud
www.commentaires.com

21:04 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer