28/09/2009

Vivement une justice à deux vitesses!

Si l’affaire Polanski provoque un malaise, c’est bien celui de voir les “acteurs culturels” réclamer un statut juridique spécial pour les leurs. Car bien entendu, lorsqu’on est une star de la culture, on est au dessus des lois, on a même droit à une clémence qu’on refuse aux anonymes lorsqu’on se tape des mineur(e)s ou, comme tel écrivain italien d’extrême-gauche, lorsqu’on on assassine des policiers.
Il est vrai que si la Suisse appliquait les lois comme la France, où la justice fonctionne traditionnellement à deux vitesses - une pour les riches et les stars, une pour les pauvres -, nous nous épargnerions bien des ennuis! Hannibal Kadhafi pourrait continuer à tourmenter ses laquais (ce ne sont que des domestiques, n’est-ce pas?), tandis que Polanski pourrait faire la nique à la justice américaine depuis Zurich.
On se dit que finalement, il vaut mieux que les “acteurs culturels” ne se mêlent pas de politique, car alors ils instaureraient un véritable système de privilèges, à leur profit exclusif bien entendu.

Philippe Barraud
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22/09/2009

Google nous offre la bibliothèque universelle? On ne va pas se plaindre!

La polémique fait rage autour de la numérisation de bibliothèques entières par la société californienne Google. D’un côté, elle suscite des craintes liées au caractère commercial de cette entreprise; d’un autre côté, elle offre aux livres une nouvelle vie, et de dimension quasi universelle.

 

Du point de vue de l’usager en tout cas, la numérisation des grandes bibliothèques – telle la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, qui a osé faire œuvre de pionnier –, est une aubaine extraordinaire. Le chercheur et l’étudiant gagnent en effet des dizaines de journées de travail en bibliothèque: ils peuvent ainsi consulter rapidement, et en tout temps, les ouvrages qui les intéressent, en copier et en imprimer le contenu, en fac simile ou en version moderne, sans devoir les faire sortir des rayons ou des cartons. C’est un avantage décisif pour les livres très anciens, fragiles, ou consultables seulement de manière restreinte, ou encore à l’étranger. C’est un avantage aussi pour les bibliothèques, puisqu’elles disposent gratuitement des fichiers numérisés.

Les lecteurs disposent aussi d’un autre outil formidable d’exploration des livres, par le biais de l’indexation systématique de ceux-ci - même parfois s’ils sont encore couverts par le droit d’auteur… Le moteur de recherche affichera tous les passages des livres contenant le mot ou l’expression recherchés, le reste du livre, s’il est encore protégé, n’étant pas accessible.

Bien sûr, Google est une société commerciale américaine, et comme telle elle fonctionne de manière rapide, parfois cavalière, en tout cas très loin des pratiques feutrées et majestueusement lentes du Vieux-Continent. Elle fonce droit devant elle, bouscule les susceptibilités académiques et bibliothécaires, animée par sa vocation affichée de faire «qu’aucun livre ne meure». On ne peut évidemment pas se cacher que derrière ces nobles intentions culturelles subsistent des visées commerciales.

A notre sens pourtant, il faut faire le pari de la «confiance vigilante» à l’égard de Google, face à un projet colossal et magnifique que malheureusement ni un Etat, ni un groupe d’Etat, n’ont jugé utile d’entreprendre. Un projet combien utile et nécessaire pourtant, aussi bien en termes de conservation que de diffusion des ouvrages, rendu possible par le développement à la fois de l’informatique et des réseaux. Penser que bientôt, une sorte de bibliothèque réellement universelle sera à portée de souris de chacun, est un progrès inouï, en particulier pour les pays pauvres dont les étudiants sont démunis en termes de sources documentaires. A cet égard, il est regrettable que de grands pays, comme la France, traînent les pieds et refusent de rejoindre cette bibliothèque universelle.

La démarche de Google a par ailleurs l’avantage de mettre le bâton dans la fourmilière crispée du droit d’auteur. Est-il encore raisonnable, en 2009, d’empêcher la diffusion libre des livres pendant 75 ans? Pour caricaturer à peine, l’effet de cet interminable moratoire est d’enterrer efficacement des livres qui mériteraient une deuxième vie, tout en enrichissant des descendants qui souvent abusent de cette rente de situation, au détriment manifeste de l’œuvre d’un ancêtre généralement mort dans le dénuement…

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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15/09/2009

Violence urbaine: état d’urgence

Face à la montée de la violence à Lausanne, les autorités s’obstinent dans la dénégation et les assurances patelines. En réalité, elles sont complètement dépassées.

Dans son édition du 15 septembre, Le Matin dresse la liste des dix «zones dangereuses de Lausanne». Elles couvent une telle surface qu’il eût été plus simple de dresser la liste des zones sûres, s’il en existe encore ! On entend déjà M. Vuilleumier, Municipal de la police, rétorquer que c’est du sensationnalisme, et que la situation est sous contrôle. Tout dépend évidemment de ce qu’on entend par là, mais lorsqu’un Lausannois explique à 24 Heures du même jour avoir compté quinze (!) dealers africains un samedi soir à la seule rue du Petit-Rocher, qui n’est pas bien grande, force est d’admettre que M. Vuilleumier divague sur une autre planète.

Faisant suite à une série de faits divers et d’agressions sanglants, ces événements jettent une lumière crue sur la dégradation à grande vitesse de la sécurité publique à Lausanne – comme à Genève d’ailleurs. Nous avons la chance de vivre sur une réputation très ancienne, mais désormais surfaite, de sécurité. Les entreprises étrangères et les touristes finiront rapidement par s’en aviser.

Mais à qui la faute?  Il serait injuste de jeter la pierre à la seule police, qui est peut-être bien la seule institution à faire correctement son boulot dans ce domaine. Le problème est beaucoup plus vaste, et on peut schématiquement relever trois causes:
- Une politique d’asile de plus en plus laxiste, inadaptée aux réalités actuelles. Les dealers «importés» par les réseaux de trafiquants travaillent peinard à Lausanne, parce qu’ils ne risquent rien sur le plan pénal, et rentrent au petit matin dans leur centre d’accueil de Soleure ou de Berne, retrouver le gîte et le couvert offert par le contribuable. Et il faut malheureusement des faits divers effrayants pour nous montrer que la loi est appliquée de manière fantaisiste. L’homme qui a assassiné un sans-papier algérien, il y a deux semaines à Lausanne, était un requérant d’asile arménien de 17 ans, en Suisse depuis quatre ans, et déjà poursuivi pour une tentative de meurtre! Pourquoi était-il toujours en Suisse? Pas de réponse. Et que faisait la victime elle-même, sans papiers, en Suisse? Ah oui ! J’oubliais: il n’y a plus de frontières, on entre en Suisse comme dans un moulin, et on y mène ses petites affaires en toute tranquillité.
- Un système judiciaire défaillant. Aujourd’hui, les juges nous présentent comme extrêmement sévère une peine de deux ans avec sursis! Et toujours davantage, les délinquants sont libérés après quelques heures, voire immédiatement, comme les mineurs qui ont tabassé le commissaire de police de Bex, donnant par là le signal que «casser du flic», c’est anodin, voire permis. Le Procureur du Canton de Vaud, Eric Cottier, ne dit pas autre chose: «Dans des cas similaires d’agression de policier, j’ai le sentiment que les peines infligées sont trop clémentes. Peut-être par banalisation, on imagine que ces actes font partie du quotidien de ce métier.» Le problème supplémentaire est que les juges appliquent avec une grande mollesse un code pénal lui-même complètement dépassé par l’explosion de la violence actuelle, particulièrement chez les jeunes.
- Une classe politique paralysée. Face à cette véritable urgence, les politiques tergiversent et n’agissent pas. Toute révision du Code pénal voit se dresser contre elle la vieille gauche qui veut «comprendre» et éduquer plutôt que punir, aveugle au changement. Ainsi, personne ne se demande s’il est normal que le couteau fasse partie de l’ «équipement» standard des jeunes: si on a interdit le port d’armes à feu, pourquoi pas celui d’un couteau?

Que faire? Une fois de plus sans doute, l’initiative devra venir des citoyens. Il s’agira notamment d’exiger une révision en profondeur du Code pénal, singulièrement à l’égard des mineurs. Il serait opportun aussi de prévoir des peines aggravées lorsque des fonctionnaires de police sont agressés, afin de créer une sorte de «tabou». De plus, il s’agira de veiller à ce que le code soit appliqué, et si les juges ne font pas leur travail, alors il faudra les remplacer. Il s’agira aussi de renforcer considérablement les effectifs policiers, et d’en accepter le coût dans les budgets des cantons et des communes.

Ce qu’on voit autour de nous est si désagréable, si étranger à l’image traditionnelle que nous avons de notre pays et de nos villes, qu’on a tendance à minimiser les problèmes, à en faire des événements exceptionnels, à les occulter. Hélas… Toute la réalité crue des changements que nous vivons est dans ce cri du cœur du Président du Tribunal des mineurs du canton de Vaud, Philippe Husser, qui pourtant en a vu d’autres au fil des ans, à propos de l’agression de Montbenon: «Je suis atterré, consterné et effaré. Jusqu’où cette violence va-t-elle aller?»

La balle est dans le camp des politiques, il serait temps qu’ils la saisissent avant que la situation n devienne incontrôlable.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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