22/09/2009

Google nous offre la bibliothèque universelle? On ne va pas se plaindre!

La polémique fait rage autour de la numérisation de bibliothèques entières par la société californienne Google. D’un côté, elle suscite des craintes liées au caractère commercial de cette entreprise; d’un autre côté, elle offre aux livres une nouvelle vie, et de dimension quasi universelle.

 

Du point de vue de l’usager en tout cas, la numérisation des grandes bibliothèques – telle la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, qui a osé faire œuvre de pionnier –, est une aubaine extraordinaire. Le chercheur et l’étudiant gagnent en effet des dizaines de journées de travail en bibliothèque: ils peuvent ainsi consulter rapidement, et en tout temps, les ouvrages qui les intéressent, en copier et en imprimer le contenu, en fac simile ou en version moderne, sans devoir les faire sortir des rayons ou des cartons. C’est un avantage décisif pour les livres très anciens, fragiles, ou consultables seulement de manière restreinte, ou encore à l’étranger. C’est un avantage aussi pour les bibliothèques, puisqu’elles disposent gratuitement des fichiers numérisés.

Les lecteurs disposent aussi d’un autre outil formidable d’exploration des livres, par le biais de l’indexation systématique de ceux-ci - même parfois s’ils sont encore couverts par le droit d’auteur… Le moteur de recherche affichera tous les passages des livres contenant le mot ou l’expression recherchés, le reste du livre, s’il est encore protégé, n’étant pas accessible.

Bien sûr, Google est une société commerciale américaine, et comme telle elle fonctionne de manière rapide, parfois cavalière, en tout cas très loin des pratiques feutrées et majestueusement lentes du Vieux-Continent. Elle fonce droit devant elle, bouscule les susceptibilités académiques et bibliothécaires, animée par sa vocation affichée de faire «qu’aucun livre ne meure». On ne peut évidemment pas se cacher que derrière ces nobles intentions culturelles subsistent des visées commerciales.

A notre sens pourtant, il faut faire le pari de la «confiance vigilante» à l’égard de Google, face à un projet colossal et magnifique que malheureusement ni un Etat, ni un groupe d’Etat, n’ont jugé utile d’entreprendre. Un projet combien utile et nécessaire pourtant, aussi bien en termes de conservation que de diffusion des ouvrages, rendu possible par le développement à la fois de l’informatique et des réseaux. Penser que bientôt, une sorte de bibliothèque réellement universelle sera à portée de souris de chacun, est un progrès inouï, en particulier pour les pays pauvres dont les étudiants sont démunis en termes de sources documentaires. A cet égard, il est regrettable que de grands pays, comme la France, traînent les pieds et refusent de rejoindre cette bibliothèque universelle.

La démarche de Google a par ailleurs l’avantage de mettre le bâton dans la fourmilière crispée du droit d’auteur. Est-il encore raisonnable, en 2009, d’empêcher la diffusion libre des livres pendant 75 ans? Pour caricaturer à peine, l’effet de cet interminable moratoire est d’enterrer efficacement des livres qui mériteraient une deuxième vie, tout en enrichissant des descendants qui souvent abusent de cette rente de situation, au détriment manifeste de l’œuvre d’un ancêtre généralement mort dans le dénuement…

Philippe Barraud
www.commentaires.com

10:48 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer