15/09/2009

Violence urbaine: état d’urgence

Face à la montée de la violence à Lausanne, les autorités s’obstinent dans la dénégation et les assurances patelines. En réalité, elles sont complètement dépassées.

Dans son édition du 15 septembre, Le Matin dresse la liste des dix «zones dangereuses de Lausanne». Elles couvent une telle surface qu’il eût été plus simple de dresser la liste des zones sûres, s’il en existe encore ! On entend déjà M. Vuilleumier, Municipal de la police, rétorquer que c’est du sensationnalisme, et que la situation est sous contrôle. Tout dépend évidemment de ce qu’on entend par là, mais lorsqu’un Lausannois explique à 24 Heures du même jour avoir compté quinze (!) dealers africains un samedi soir à la seule rue du Petit-Rocher, qui n’est pas bien grande, force est d’admettre que M. Vuilleumier divague sur une autre planète.

Faisant suite à une série de faits divers et d’agressions sanglants, ces événements jettent une lumière crue sur la dégradation à grande vitesse de la sécurité publique à Lausanne – comme à Genève d’ailleurs. Nous avons la chance de vivre sur une réputation très ancienne, mais désormais surfaite, de sécurité. Les entreprises étrangères et les touristes finiront rapidement par s’en aviser.

Mais à qui la faute?  Il serait injuste de jeter la pierre à la seule police, qui est peut-être bien la seule institution à faire correctement son boulot dans ce domaine. Le problème est beaucoup plus vaste, et on peut schématiquement relever trois causes:
- Une politique d’asile de plus en plus laxiste, inadaptée aux réalités actuelles. Les dealers «importés» par les réseaux de trafiquants travaillent peinard à Lausanne, parce qu’ils ne risquent rien sur le plan pénal, et rentrent au petit matin dans leur centre d’accueil de Soleure ou de Berne, retrouver le gîte et le couvert offert par le contribuable. Et il faut malheureusement des faits divers effrayants pour nous montrer que la loi est appliquée de manière fantaisiste. L’homme qui a assassiné un sans-papier algérien, il y a deux semaines à Lausanne, était un requérant d’asile arménien de 17 ans, en Suisse depuis quatre ans, et déjà poursuivi pour une tentative de meurtre! Pourquoi était-il toujours en Suisse? Pas de réponse. Et que faisait la victime elle-même, sans papiers, en Suisse? Ah oui ! J’oubliais: il n’y a plus de frontières, on entre en Suisse comme dans un moulin, et on y mène ses petites affaires en toute tranquillité.
- Un système judiciaire défaillant. Aujourd’hui, les juges nous présentent comme extrêmement sévère une peine de deux ans avec sursis! Et toujours davantage, les délinquants sont libérés après quelques heures, voire immédiatement, comme les mineurs qui ont tabassé le commissaire de police de Bex, donnant par là le signal que «casser du flic», c’est anodin, voire permis. Le Procureur du Canton de Vaud, Eric Cottier, ne dit pas autre chose: «Dans des cas similaires d’agression de policier, j’ai le sentiment que les peines infligées sont trop clémentes. Peut-être par banalisation, on imagine que ces actes font partie du quotidien de ce métier.» Le problème supplémentaire est que les juges appliquent avec une grande mollesse un code pénal lui-même complètement dépassé par l’explosion de la violence actuelle, particulièrement chez les jeunes.
- Une classe politique paralysée. Face à cette véritable urgence, les politiques tergiversent et n’agissent pas. Toute révision du Code pénal voit se dresser contre elle la vieille gauche qui veut «comprendre» et éduquer plutôt que punir, aveugle au changement. Ainsi, personne ne se demande s’il est normal que le couteau fasse partie de l’ «équipement» standard des jeunes: si on a interdit le port d’armes à feu, pourquoi pas celui d’un couteau?

Que faire? Une fois de plus sans doute, l’initiative devra venir des citoyens. Il s’agira notamment d’exiger une révision en profondeur du Code pénal, singulièrement à l’égard des mineurs. Il serait opportun aussi de prévoir des peines aggravées lorsque des fonctionnaires de police sont agressés, afin de créer une sorte de «tabou». De plus, il s’agira de veiller à ce que le code soit appliqué, et si les juges ne font pas leur travail, alors il faudra les remplacer. Il s’agira aussi de renforcer considérablement les effectifs policiers, et d’en accepter le coût dans les budgets des cantons et des communes.

Ce qu’on voit autour de nous est si désagréable, si étranger à l’image traditionnelle que nous avons de notre pays et de nos villes, qu’on a tendance à minimiser les problèmes, à en faire des événements exceptionnels, à les occulter. Hélas… Toute la réalité crue des changements que nous vivons est dans ce cri du cœur du Président du Tribunal des mineurs du canton de Vaud, Philippe Husser, qui pourtant en a vu d’autres au fil des ans, à propos de l’agression de Montbenon: «Je suis atterré, consterné et effaré. Jusqu’où cette violence va-t-elle aller?»

La balle est dans le camp des politiques, il serait temps qu’ils la saisissent avant que la situation n devienne incontrôlable.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

10:55 Publié dans Politique | Lien permanent |  Imprimer