08/07/2009

Les fruits de l’affaire Windisch

L’épilogue proclamé de l’”affaire Windisch” laisse un goût amer. C’est un nouveau recul de la liberté d’expression. Heureusement, d’autres signes donnent à espérer.

Uli Windisch, professeur de sociologie à l’Université de Genève, ne devra plus utiliser son titre lorsqu’il signe des articles polémiques dans la presse. C’est une sorte de punition molle, une sanction ad personam puisque, sauf erreur, elle est sans précédent dans l’histoire de l’institution genevoise.

Mais c’est surtout une mesure absurde. Par définition, une personne qui s’exprime publiquement le fait es qualité, et c’est en général pour cela qu’elle est appelée à le faire par les rédactions. Même Jean Ziegler serait d’accord avec cela! Imagine-t-on une chronique dans la presse de Micheline Calmy-Rey, qu’elle signerait en tant que simple citoyenne, en faisant abstraction de sa qualité de conseillère fédérale? Ce serait un brouillage de pistes hypocrite et manipulateur, et les lecteurs n’y comprendraient rien.

Mais bon: Uli Windisch a échappé à l’interdiction professionnelle réclamée par la présidence du Parti socialiste, c’est l’essentiel. La question maintenant est de savoir si le bouillant sociologue aura le droit de critiquer la gauche à l’avenir, puisque c’est semble-t-il interdit. Nul doute qu’il le prendra…

En tout cas, il faut se réjouir d’une chose: les opinions émises par Uli Windisch et d’autres auteurs opposés à la pensée unique, en particulier dans les colonnes du Nouvelliste, commencent à porter leurs fruits, dans la mesure où elles émeuvent l’establishment intellectuel car elles sont devenues incontournables. A tel point qu’il ne peut plus, désormais, les passer sous silence, cette efficace censure des gens de pouvoir (politique ou médiatique) à l’égard de ceux qui les dérangent.

C’est ainsi que, le 6 juillet, sur La Première, ces esprits indépendants ont été violemment pris à partie par un chroniqueur de la RSR, manifestement davantage adepte de la tendance Bourdieu que de la tendance Windisch. Qui leur reproche de ne rien apporter au débat, mais “d’occuper le terrain, dans l’espace démesuré que leur offrent des médias en quête de renouvellement”. Tout en leur niant avec arrogance toute compétence pour analyser la marche du monde, car ils seraient dépourvus de la “conscience critique, des compétences techniques et des convictions éthiques” indispensable à cet effet. On est à la limite de l’injure.

Cette opinion du journaliste Olivier Schorderet, qui a bénéficié de l’espace démesuré offert par la radio de service public, montre bien à quel point les vestales du néo-conformisme ne supportent pas les idées contraires. Plus grave, elle montre qu’au fond, ils n’aiment pas le débat démocratique, puisqu’il permet aux idées non-conformes de s’exprimer et de toucher un large public, par ailleurs bien trop sensible à ces convictions odieusement conservatrices!

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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