06/07/2009

Le fils caché du Petit Ventilateur

Rédacteur en chef de la télé (l’autre, par celle de Genève), M. Fathi Derder est sans doute un excellent patron de presse. Mais lorsqu’il s’aventure en politique dans ses chroniques de 24 Heures, on a l’impression de lire un mauvais brouillon du Petit Ventilateur.

… et on vous garantit que ce n’est pas un compliment! Comme François Cherix, M. Derder n’a que mépris pour l’esprit de nos institutions et l’Histoire riche et complexe dont elles sont le reflet – on part de l’idée qu’il connaît l’un et l’autre. Donc, sans surprise, il nous dit que les cantons et les communes sont de vieilles lunes, qu’il faut les remplacer d’urgences par des régions, avec des sous-découpages, histoire sans doute de ne pas mélanger les urbains branchés avec les péquenots de nos monts. Ainsi, pour la région Vaud-Fribourg, il y aura «les zones urbaines, les bords du lac, l’arrière pays.»

Se faisant lyrique, M. Derder réécrit – sans le savoir – un édito de L’Hebdo des années 90 (et aussi son propre article publié le 29 juin dans 24 Heures…). Même le style haché et l’économie de verbes y sont: «Il y a la Suisse institutionnelle, et l’autre Suisse. La vraie. Celle que vous vivez, que vous façonnez au quotidien. Aujourd’hui, entre les deux, un fossé. Il est temps que cela change. Et c’est vous qui allez changer cela.» Avez-vous remarqué l’interpellation du lecteur? C’est un vieux truc de marketing, le discours devient «concernant», et racoleur avec élégance. Hélas! Cela ne le rend pas plus consistant ni plus crédible.

Encore une citation, pour le plaisir? «On le sent depuis quelques années: une Suisse nouvelle est en marche. En décalage avec nos structures politiques. Une Suisse en mouvement, dynamique, sûre d’elle, gagnante, à l’image de notre Federer national.» Magnifique, non? Même François Cherix, même L’Hebdo, n’oseraient pas des envolées aussi gnangnan.

Même si ces doux délires sont devenus le discours médiatique dominant, elles n’en sont pas moins abyssalement creuses, et surtout hors de la réalité. Preuve en soit le fait qu’aucun politicien, même de seconde zone, n’a jamais relayé ces propositions devant les institutions.

Pour cette fois, on fera preuve d’une certaine indulgence à l’égard de M. Derder puisqu’il avoue, en début d’article, une «légère gueule de bois». La preuve que boire ou écrire, il faut choisir…

Philippe Barraud
www.commentaires.com

 

 

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