17/06/2009

L’avis des autres

Pourquoi les élus sont-ils les seuls à pouvoir s’exprimer sur la chose publique? On sait de source sûre que dans la société civile, il y a aussi des gens qui réfléchissent!

C’est à la fois une litanie et un rituel bien rôdé que subissent les auditeurs de La Première: à chaque débat politique, ce sont toujours les mêmes qui donnent leur avis, privilège qu’ils doivent à leur qualité d’élus, et donc de professionnels de la politique, et aussi, marginalement, à une certaine routine (paresse?) des journalistes, qui savent parfaitement à qui téléphoner sur tel sujet, et gagner ainsi du temps.

C’est ainsi que matin et soir, nous avons droit à l’averse habituelle de commentaires des Savary (Géraldine), des deux Sommaruga, des Leuenberger, des Levrat, Darbellay, Pelli, ou encore de celle que les méchants appellent Carabosse. Ils ont un avis sur tout, hautement prévisible le plus souvent, sauf Darbellay toutefois, qui change d’avis tous les deux jours: c’est rafraîchissant.

Or, il arrive parfois que d’autres personnes, hors du sérail politique, donnent leur avis sur les ondes - des gens de l’économie, de l’université, des milieux associatifs, bref, de la vraie vie - et on est souvent émerveillé d’entendre un langage plus frais, des convictions plus sincères, ou plus solides parce que fondées sur l’expérience, ou encore des propositions qui vont à contre-courant.
A force de ressasser les sujets, les politiciens ont tous le même discours, les mêmes formules, le même formatage cérébral. Au contraire, l’ingénieur, la paysanne, l’artisan ou l’historien ont souvent une approche beaucoup plus libre des problèmes, plus originale aussi, loin précisément de ce formatage généré par le milieu politique.

Nos grands médias devraient veiller à donner la parole à ces citoyens aussi, ce qui serait une contribution féconde au débat politique, et nous épargnerait ces pénibles pugilats verbaux à l’antenne, où ce sont toujours les mêmes qui parlent tous en même temps pour dire des choses que l’on sait déjà. Au minimum, notre radio de service public pourrait faire l’effort de diversifier ses interlocuteurs politiques, afin qu’on ne dise pas à chaque Journal du Matin, à chaque Forum: “Oh non! Encore elle, encore lui!”

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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