12/06/2009

Ne touchez pas aux hauts salaires !

Le gouvernement Obama a décidé de ne pas intervenir dans la rémunération des hauts cadres des entreprises américaines. En Suisse, on s’apprête à faire exactement le contraire. C’est une grave erreur, et un dérapage démagogique qui nous coûtera cher.

 

Oh! certes, on sait bien que le peuple réclame du sang, et qu’il votera probablement en faveur d’une limitation des rémunérations dans les entreprises, par pur esprit de vengeance. Les médias ont tant chauffé l’opinion publique, fabriqué son indignation et attisé sa haine des riches, que l’initiative Minder a de bonnes chances de passer la rampe.

Nos élus devraient avoir la sagesse affichée par la Maison-Blanche, qui a compris assez vite que, au-delà des effets de manches, l’économie avait besoin d’avoir les coudées franches plutôt qu’une camisole de force, tout particulièrement dans une crise comme celles que nous vivons. Tout au plus la loi américaine accordera-t-on une voix consultative aux actionnaires sur les rémunérations.

Pour une entreprise, financière ou autre, avoir les coudées franches, cela veut dire pouvoir engager les cadres supérieurs les meilleurs possibles. Et on sait bien qu’à ces niveaux-là, les meilleurs coûtent cher parce qu’ils sont rares. Ce raisonnement est d’une simplicité cristalline, mais il a de la peine à faire son chemin dans les esprits, soit qu’ils soient aveuglés par la colère, soit qu’ils soient embrumés par le dogmatisme obtus des socialistes roses et verts.

Curieusement d’ailleurs, chacun trouve normal qu’on club de foot paie des dizaines de millions pour un joueur, et il n’y a pas d’initiative Minder dans ce domaine. «C’est différent ! nous assure-t-on, ces garçons ont un talent exceptionnel !» Sans aucun doute, mais les managers de haut niveau aussi ont un talent exceptionnel, et c’est pourquoi, parfois, on les paie cher – beaucoup moins qu’un footballeur quand même !

Et les contribuables qui râlent parce que leur argent a été prêté à l’UBS pour la sauver, devraient être les premiers à combattre la limitation des rémunérations, s’ils veulent récupérer leurs sous! Si vous mettez le poste de CEO de l’UBS au concours, avec à la clé un salaire de conseiller fédéral, vous n’aurez que du troisième choix en termes de management, ce qui n’est pas de bonne augure pour le redressement de la banque.

C’est peut-être énervant mais c’est ainsi: dans un domaine aussi concurrentiel que la direction d’entreprises, c’est en grande partie le salaire qui fait la décision. Ainsi, entre un salaire de 450′000 francs et un salaire de 5 millions, les grosses pointures choisiront le deuxième, et on ne voit pas en quoi ce serait critiquable. Honnêtement, feriez-vous un autre choix?

Philippe Barraud
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