29/05/2009

Mme Calmy-Rey à Tripoli: la courbette de trop

Qu’un ministre de la Confédération suisse passe trois jours dans un Etat voyou pour tenter – sans succès – d’arracher la libération d’otages, voilà qui en dit long sur l’idée qu’on se fait, à Berne, de la dignité de la Suisse.

Ce séjour de Mme Calmy-Rey à Tripoli est une étape de plus dans l’humiliation de la Suisse face au dictateur libyen. En agissant ainsi, la Suisse se pose en coupable qui vient quémander un pardon. Or, s’il y a un coupable dans cette affaire, c’est bien l’Etat libyen, qui a délibérément pris en otage deux ressortissants suisses innocents. Si quelqu’un doit s’excuser dans cette affaire, c’est le gouvernement libyen.

On imagine bien qu’en montant cette opération, M. Calmy-Rey avait en tête un coup médiatique d’enfer: ramener les otages dans son avion! Las… L’adversaire s’est avéré plus coriace que prévu, et la ministre a fait chou blanc. Or dans ce genre de manoeuvre, on n’a pas droit à l’échec car les conséquences, pour la Suisse, sont catastrophiques. Elle s’est abaissée pour rien, et n’a pas réussi à faire libérer les otages, elle a réussi seulement à satisfaire l’orgueil du clan Kadhafi, qui doit bien s’amuser aujourd’hui de l’humiliation faite à la Suisse.

Il serait intéressant de savoir si le Conseil fédéral a donné cet aval à ce qui s’avère être une aventure désastreuse, ou s’il s’agit d’une initiative personnelle. Dans les deux cas, le parlement serait bien avisé de demander que toute la lumière soit faite, voire de diligenter une commission d’enquête parlementaire. On ne peut en effet pas accepter de voir la Suisse se rouler indéfiniment aux pieds d’un tyranneau africain.

Pour la Suisse officielle, il est temps de dire que cela suffit. Il est surtout temps de changer de stratégie. La diplomatie brouillonne de Mme Calmy-Rey s’est enlisée dans les sables. Il faut maintenant envisager des sanctions contre la Libye – non pas en prenant des otages libyens, la Suisse n’est pas un Etat voyou ! – mais en la dénonçant auprès des Nations Unies, et en prenant des mesures contres les intérêts libyens en Suisse. On pourrait commencer par retirer l’autorisation d’exploiter de la raffinerie Tamoil à Collombey, qui par ailleurs viole allègrement les lois en matière de protection de l’environnement.

 

Parallèlement, il faut continuer à envisager l’exfiltration discrète des otages, même si la chose eût été beaucoup plus facile dès le début de leur détention. Cette idée, que nous avons émise le 15 mai sur Commentaires.com, a été reprise notamment par le Conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Burkhalter. Nous en avons les moyens, et c’est un risque à prendre – un risque pas plus grand en tout cas que celui pris par Mme Calmy-Rey, dont le département croit pouvoir se prévaloir de «progrès significatifs» – ce qui, en langue de bois, veut dire qu’on n’a pas avancé d’un iota.

 

 

 

 

23/05/2009

Sauf votre respect, M. Woerth, les Suisses vous disent m...

Il nous a déjà fallu subir les rodomontades de l'Allemand Steinbrück. Le ministre français Eric Woerth, lui, a grossièrement franchi la ligne de l'ingérence dans nos affaires intérieures.

Dans une interview à «L'Agefi», le ministre français du Budget se permet d'«exiger» l'abolition du secret bancaire suisse. On croit rêver! Depuis quand un ministre étranger peut-il se permette de donner des ordres à la Suisse?

Non content de fouler aux pieds notre souveraineté, M. Woerth se permet de menacer le peuple suisse lui-même, qui sera appelé à voter sur l'inscription du secret bancaire dans la Constitution, si l'initiative lancée fin mars aboutit. Il a en effet déclaré que cela pourrait «lui coûter cher».

Il s'agit d'une ingérence manifeste et grossière dans les affaires intérieures de la Suisse. Jamais sans doute depuis le IIIe Reich, un ministre étranger ne s'était permis de faire ainsi pression sur les instances dirigeantes suisses, et sur le peuple en particulier.

Heureusement, nous ne sommes pas les Sudètes, et il est peu probable que le peuple suisse se laisse impressionner par un matamore qui de toute façon, lorsque nous voterons, ne sera plus ministre! Au contraire, ce genre de pression est le plus sûr moyen de susciter un réflexe de défense de la part des électeurs, qui montreront clairement à M. Woerth ce qu'ils pensent de ses attaques. Indirectement donc, M. Woerth contribue à consolider le secret bancaire.

Cela dit, on est en droit d'attendre du Gouvernement suisse une réaction formelle, et pourquoi pas un rappel d'ambassadeur. Cela montrerait que, contrairement à des pays comme la Belgique et le Luxembourg, qui sont membres de l'UE et ne peuvent donc que se coucher, la Suisse n'a pas d'ordres à recevoir de Paris ou de qui que ce soit: Bonaparte est mort et enterré depuis longtemps. Certes, le Conseil fédéral ne peut pas passer son temps à réagir aux éructations de ministres étrangers aux abois, mais là, on a franchi une nouvelle étape.

Comme ses collègues étrangers, M. Woerth tend à reporter sur les autres la responsabilité de la situation budgétaire désastreuse de son pays. Et comme eux, il s'interdit de se poser la seule question qui vaille, parce qu'il en connaît trop bien la réponse: pourquoi tant de Français choisissent-ils de soustraire une partie du fruit de leur travail au fisc de leur pays?

Philippe Barraud
www.commentaires.com

15/05/2009

Assez tergiversé, il faut libérer nos otages en Libye

Plus de 300 jours que la Libye a pris en otage deux ressortissants suisses. Notre diplomatie s’est révélée tragiquement impuissante, et la Suisse officielle s’en fout. Ah ! S’ils étaient français…

Bien sûr, aux reproches d’impuissance et d’incurie, Mme Calmy-Rey répondra du ton agacé habituel qu’il faut laisser les diplomates travailler dans l’ombre. Malheureusement, on n’est pas bien sûr qu’il se passe grand chose dans l’ombre. Et si les médias se bougent un petit peu, ils adoptent trop souvent le langage pusillanime du Département des affaires étrangères et parlent de «personnes retenues», comme si le mot d’«otages» était trop fort, comme s’il fallait ménager la susceptibilité du Bokassa de Tripoli.

Or on voit bien que cette politique convenable, menée par un gouvernement timoré et peu sûr de lui, n’a aucun effet sur ce qui reste un Etat-voyou, quoi qu’en pensent les gogos. Les efforts diplomatiques étant inopérants, il faut se tourner vers des solutions plus pragmatiques. Nous en voyons trois. Pour la Suisse aujourd’hui, la première nécessité consiste à faire le maximum de bruit autour de cette affaire sur le plan international, en dénonçant par exemple la Libye devant les instances compétentes de l’ONU. Sachant que le tyran libyen veut se refaire une virginité internationale, un tel déballage serait susceptible de l’amener à quelques concessions: donnant-donnant.

La deuxième hypothèse – pour se mettre au niveau de l’Etat précité – consisterait à proposer, de manière spectaculaire, de payer une rançon. C’est une pratique évidemment détestable, mais il faut savoir ce que l’on veut. Nos deux otages, qui avaient le seul tort d’être des ressortissants suisses, vivent très mal cette détention; l’un d’eux est assez âgé et sa santé est précaire. Il faut donc tout faire pour les sortir de la nasse.

La troisième hypothèse consisterait, toujours dans le souci de s’adapter à l’ennemi, à monter une opération de commando de libération sur place. Certes, une telle entreprise serait très difficile, très dangereuse, et diplomatiquement dévastatrice. Néanmoins, et si nous n’avons par l’expérience et les réseaux du Mossad, nous disposons d’officiers très compétents, de services secrets à la pelle, et de forces spéciales bien entraînées.

Bien sûr, il s’ensuivrait une tempête diplomatico-médiatique mais, dans le meilleur des cas, nos otages seraient de retour en Suisse. Pour le reste, les chiens aboieraient, et la caravane passerait, comme toujours. Après tout, qui a besoin de la Libye? La Suisse n’a pas de raisons impératives d’avoir des relations amicales avec ce pays, ou plus exactement avec son régime tyrannique. Encore une fois, la chose qui compte aujourd’hui, c’est de mettre fin à cette intolérable atteinte à la liberté de deux de nos citoyens. Et on regrette que Mme Calmy-Rey, qui brandit les droits de l’homme comme l’exorciste son crucifix, ne se soucie pas davantage de leur respect lorsque deux Suisses sont détenus à l’étranger, au nom d’intérêts politiques dérisoires.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

13/05/2009

La Romandie n’existe pas. Heureusement!

Périodiquement, l’intelligentsia romande – du moins celle qui se proclame telle, et s’autocongratule dans les médias – éprouve deux dérives psychiatriques bénignes, appelées troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

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11/05/2009

Christophe Darbellay piégé comme un débutant

Dans la même interview, le président du PDC a réussi à parler de sa vie privée, des vaches valaisannes et du sort à réserver aux personnes en fin de vie. Le scandale est justifié.

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