23/05/2009

Sauf votre respect, M. Woerth, les Suisses vous disent m...

Il nous a déjà fallu subir les rodomontades de l'Allemand Steinbrück. Le ministre français Eric Woerth, lui, a grossièrement franchi la ligne de l'ingérence dans nos affaires intérieures.

Dans une interview à «L'Agefi», le ministre français du Budget se permet d'«exiger» l'abolition du secret bancaire suisse. On croit rêver! Depuis quand un ministre étranger peut-il se permette de donner des ordres à la Suisse?

Non content de fouler aux pieds notre souveraineté, M. Woerth se permet de menacer le peuple suisse lui-même, qui sera appelé à voter sur l'inscription du secret bancaire dans la Constitution, si l'initiative lancée fin mars aboutit. Il a en effet déclaré que cela pourrait «lui coûter cher».

Il s'agit d'une ingérence manifeste et grossière dans les affaires intérieures de la Suisse. Jamais sans doute depuis le IIIe Reich, un ministre étranger ne s'était permis de faire ainsi pression sur les instances dirigeantes suisses, et sur le peuple en particulier.

Heureusement, nous ne sommes pas les Sudètes, et il est peu probable que le peuple suisse se laisse impressionner par un matamore qui de toute façon, lorsque nous voterons, ne sera plus ministre! Au contraire, ce genre de pression est le plus sûr moyen de susciter un réflexe de défense de la part des électeurs, qui montreront clairement à M. Woerth ce qu'ils pensent de ses attaques. Indirectement donc, M. Woerth contribue à consolider le secret bancaire.

Cela dit, on est en droit d'attendre du Gouvernement suisse une réaction formelle, et pourquoi pas un rappel d'ambassadeur. Cela montrerait que, contrairement à des pays comme la Belgique et le Luxembourg, qui sont membres de l'UE et ne peuvent donc que se coucher, la Suisse n'a pas d'ordres à recevoir de Paris ou de qui que ce soit: Bonaparte est mort et enterré depuis longtemps. Certes, le Conseil fédéral ne peut pas passer son temps à réagir aux éructations de ministres étrangers aux abois, mais là, on a franchi une nouvelle étape.

Comme ses collègues étrangers, M. Woerth tend à reporter sur les autres la responsabilité de la situation budgétaire désastreuse de son pays. Et comme eux, il s'interdit de se poser la seule question qui vaille, parce qu'il en connaît trop bien la réponse: pourquoi tant de Français choisissent-ils de soustraire une partie du fruit de leur travail au fisc de leur pays?

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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