15/05/2009

Assez tergiversé, il faut libérer nos otages en Libye

Plus de 300 jours que la Libye a pris en otage deux ressortissants suisses. Notre diplomatie s’est révélée tragiquement impuissante, et la Suisse officielle s’en fout. Ah ! S’ils étaient français…

Bien sûr, aux reproches d’impuissance et d’incurie, Mme Calmy-Rey répondra du ton agacé habituel qu’il faut laisser les diplomates travailler dans l’ombre. Malheureusement, on n’est pas bien sûr qu’il se passe grand chose dans l’ombre. Et si les médias se bougent un petit peu, ils adoptent trop souvent le langage pusillanime du Département des affaires étrangères et parlent de «personnes retenues», comme si le mot d’«otages» était trop fort, comme s’il fallait ménager la susceptibilité du Bokassa de Tripoli.

Or on voit bien que cette politique convenable, menée par un gouvernement timoré et peu sûr de lui, n’a aucun effet sur ce qui reste un Etat-voyou, quoi qu’en pensent les gogos. Les efforts diplomatiques étant inopérants, il faut se tourner vers des solutions plus pragmatiques. Nous en voyons trois. Pour la Suisse aujourd’hui, la première nécessité consiste à faire le maximum de bruit autour de cette affaire sur le plan international, en dénonçant par exemple la Libye devant les instances compétentes de l’ONU. Sachant que le tyran libyen veut se refaire une virginité internationale, un tel déballage serait susceptible de l’amener à quelques concessions: donnant-donnant.

La deuxième hypothèse – pour se mettre au niveau de l’Etat précité – consisterait à proposer, de manière spectaculaire, de payer une rançon. C’est une pratique évidemment détestable, mais il faut savoir ce que l’on veut. Nos deux otages, qui avaient le seul tort d’être des ressortissants suisses, vivent très mal cette détention; l’un d’eux est assez âgé et sa santé est précaire. Il faut donc tout faire pour les sortir de la nasse.

La troisième hypothèse consisterait, toujours dans le souci de s’adapter à l’ennemi, à monter une opération de commando de libération sur place. Certes, une telle entreprise serait très difficile, très dangereuse, et diplomatiquement dévastatrice. Néanmoins, et si nous n’avons par l’expérience et les réseaux du Mossad, nous disposons d’officiers très compétents, de services secrets à la pelle, et de forces spéciales bien entraînées.

Bien sûr, il s’ensuivrait une tempête diplomatico-médiatique mais, dans le meilleur des cas, nos otages seraient de retour en Suisse. Pour le reste, les chiens aboieraient, et la caravane passerait, comme toujours. Après tout, qui a besoin de la Libye? La Suisse n’a pas de raisons impératives d’avoir des relations amicales avec ce pays, ou plus exactement avec son régime tyrannique. Encore une fois, la chose qui compte aujourd’hui, c’est de mettre fin à cette intolérable atteinte à la liberté de deux de nos citoyens. Et on regrette que Mme Calmy-Rey, qui brandit les droits de l’homme comme l’exorciste son crucifix, ne se soucie pas davantage de leur respect lorsque deux Suisses sont détenus à l’étranger, au nom d’intérêts politiques dérisoires.

Philippe Barraud
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