13/05/2009

La Romandie n’existe pas. Heureusement!

Périodiquement, l’intelligentsia romande – du moins celle qui se proclame telle, et s’autocongratule dans les médias – éprouve deux dérives psychiatriques bénignes, appelées troubles obsessionnels compulsifs (TOC).



La première consiste à exiger l’adhésion sans conditions à l’Union européenne dès qu’un couac survient entre nos partenaires et nous. Voilà bientôt vingt ans que le peuple balaie régulièrement cette idée, mais qu’importe, elle revient toujours! Le deuxième TOC, qui a connu un pic ces derniers jours, s’exprime dans l’illusion que la Suisse romande constitue une entité politique cohérente, et qu’il faut donc la substituer aux cantons.
Cette vieille obsession a son organe officiel, L’Hebdo, et même son gourou, en la personne du Petit Ventilateur, alias François Cherix. Le système tourne comme une mécanique bien huilée: dans son dernier livre, Cherix congratule Jacques Pilet, et dans L’Hebdo, Jacques Pilet déclare «indispensable» le livre de Cherix.
Là-dessus, le même hebdomadaire se fonde sur un sondage biscornu (les décideurs qui savent d’un côté, le bête populo de l’autre) pour asséner que les Romands veulent un gouvernement supracantonal. Or, dans le sondage, tous les résultats vont dans le sens contraire, et largement! Même les «décideurs» n’y croient pas.
On a typiquement là affaire à une réflexion politique hors-sol, à de la technocratie qui tourne à vide. Il ne suffit pas que deux cantons collaborent intelligemment pour qu’on doive aussitôt y voir des «pistes», et conclure à la nécessité d’une fusion entre eux, bien au contraire.
En réalité, MM. Cherix et consorts savent bien le poids et l’importance de l’Histoire, de la religion, de la culture et des usages locaux dans notre manière de nous gouverner – qui est par ailleurs d’une efficacité à toute épreuve. Mais justement: tout cela les agace prodigieusement, car c’est un frein aux idées prétendument progressistes, c’est une démocratie bien trop respectueuse des particularismes et du conservatisme foncier de la population.
Supprimer les cantons, c’est avant tout dépasser des «encoubles» (Yvette Jaggi dixit) à la progression des idées de gauche. Car on peut parier sans crainte que dans un super-canton romand, les grandes agglomérations, qui votent plutôt à gauche, disposeraient d’un pouvoir prépondérant.
Ces brassages d’idées ne seraient qu’anodins si ils ne contenaient une dimension explosive: pour leurs auteurs, la Suisse romande doit se muer en une entité linguistique de combat, et affronter en tant que telle la majorité alémanique. La Belgique, au bord de l’exposion, fait la coûteuse expérience de ce type de dérive ethniciste, contraire à toutes valeurs qui font la solidité de notre pays. On s’étonne que de telles théories puissent séduire des «décideurs», qui en principe n’avalent pas n’importe quoi. Mais peut-être, en l’occurrence, font-ils semblant…

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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