11/05/2009

Christophe Darbellay piégé comme un débutant

Dans la même interview, le président du PDC a réussi à parler de sa vie privée, des vaches valaisannes et du sort à réserver aux personnes en fin de vie. Le scandale est justifié.


Il est des domaines dans lesquels on ne peut pas tenir un discours à la fois provocant et cauteleux. C’est pourtant l’exercice auquel s’est livré le président du PDC, Christophe Darbellay, dans une interview du Matin Dimanche du 9 mai. Une interview au ton par ailleurs détestable, qui mélangeait allègrement le «people» le plus gnangnan aux questions les plus graves.

M. Darbellay, donc, raisonne tout haut et se demande «s’il faut débourser 50 000 francs pour traiter un cancer lorsqu’il n’y a plus d’espoir, ou s’il vaut mieux développer les soins palliatifs pour alléger les souffrances.» Et d’ajouter aussitôt: «Je n’ai pas de réponse, mais de nombreux médecins et même l’industrie pharmaceutique se posent ces questions.» Vraiment? Hélas, on n’en saura pas plus.

A ce stade, la journaliste du Matin Dimanche conclut que seuls les vieux sont visés, oubliant que les jeunes ont aussi des cancers, hélas, et parfois très agressifs: faut-il renoncer à les soigner? Darbellay esquive et se défausse une fois de plus, en hasardant que «certains pays comme la Scandinavie disposent de critères médicaux et éthiques pour prendre ce genre de décisions.» La Scandinavie n’est pas un pays, mais certains pays du Nord, y compris la Grande-Bretagne, appliquent des critères économiques et statistiques littéralement meurtriers pour les personnes de plus de 75 ans, puisque les soins, dialyses et autres opérations leur sont par principe refusés, à moins qu’ils ne puissent les payer. C’est de l’euthanasie pure et simple, et on ne voit pas quels critères «médicaux et éthiques» permettent de s’y livrer, ni par quelles contorsions philosophiques les médecins parviennent à laisser mourir sans broncher un patient devant eux, sous prétexte qu’il a passé la limite d’âge.

M. Darbellay estime qu’il faut envisager de telles solutions, que «nous n’y couperons pas». Sottise! Faire de la politique, c’est faire des choix, soutenus par des valeurs que l’on estime prioritaires, chrétiennes ou tout simplement humaines. Laisser les données économiques et les technocrates décider à notre place de la manière dont on soignera demain les maladies très graves des jeunes et des vieux, c’est une démission pure et simple. Car il faudra bien que quelqu’un décide, alors même que l’issue d’une maladie grave n’est pas toujours à 100% prévisible. Dès lors, on ne voit pas qui d’autre que la patient, ou son entourage très proche, pourrait prononcer ce décret de vie ou de mort. En tout cas, il n’y a pas, il n’y aura jamais de réponse simple à ce genre de dilemme.

Dans cette interview, M. Darbellay s’est fait piéger comme un débutant. Il aurait dû en fixer préalablement le cadre, et la refuser le cas échéant. Lorsqu’on préside un grand parti, on ne se laisser pas promener par les journalistes entre confidences familiales et problèmes éthiques de fond, juste pour être dans les médias à tout prix. Surtout lorsqu’il s’agit de vie humaine.

C’est l’honneur du système de santé suisse de s’être interdit, jusqu’ici, de décréter que tel ou tel doit mourir en raison de son âge ou de ce qu’il coûte. Est-ce bien au parti démocrate-chrétien de battre en brèche ce beau principe?

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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