24/04/2009

Bientôt à Micoop: le gruyère AOC du Sichuan!

Coop et Migros nous bercent de leur prétendu “engagement” écologique. En réalité, ils nous endorment pour mieux poursuivre une politique résolument rétrograde et anti-écologique.


Un lecteur de 24 Heures s’indignait récemment de voir dans les grandes surfaces des palettes de fruits venus des antipodes, raisin d’Afrique du Sud, poires d’Argentine, prunes d’Afrique du Sud. Il y a quelques jours, les mêmes magasins, à Conthey, bradaient des palettes d’asperges du Pérou et du Mexique, au moment où commençait la récolte en Valais.

Le paradoxe est que ces fruits et légumes arrivent sur le marché à des prix souvent inférieurs aux produits indigènes. Comment expliquer qu’un kilo d’asperges du Pérou soit moins cher que les six litres de kérosène qu’il a fallu brûler pour l’amener à Conthey? C’est l’occasion de s’interroger sur la rémunération du producteur péruvien, ou plus exactement sur celle des esclaves qui travaillent pour lui, qui doit être proche de zéro.

Le lecteur de 24 Heures remarquait à juste titre qu’il est inutile de faire la morale aux clients, qui se jettent sur ces produits à contre-saison simplement parce qu’ils sont bradés. De nos jours, la loi du porte-monnaie est la seule qui vaille.

Le discours écologique et prétendument responsable du marketing de Coop et Migros est-il donc inopérant? Pas du tout, bien au contraire! Les affiches idylliques montrant une campagne “comme au bon vieux temps”, avec des paysans bien de chez nous, convainquent les clients qu’ils ont tout juste et n’ont plus besoin de réfléchir, dès lors qu’ils entrent dans ces magasins - fût-ce pour acheter des asperges du Pérou.

Le vrai problème est qu’en Suisse, personne ne veut assumer le discours d’une consommation responsable. Les défenseurs des consommateurs, dont ce devrait être la mission, contribuent largement à cette dérive vers des produits toujours plus lointains, toujours plus trafiqués, toujours plus malsains: obnubilés par le prix le plus bas et le caddie le meilleur marché, ils encouragent les consommateurs à favoriser ce qui devrait être boycotté, en particulier les produits à bas prix importés d’on ne sait où - les étiquettes sont délibérément trompeuses, avec la bénédiction de l’Etat: coupez un poulet chinois en deux, il devient aussitôt un produit suisse! Quel miracle…

L’Etat, justement: ce devrait être son boulot, après tout, de veiller à ce qu’il reste un minimum de morale économique et écologique dans la consommation, plutôt que de cultiver un laisser-faire qui fera crever notre agriculture. Mais on le sait bien: le grand commerce domine nos Chambres fédérales aussi efficacement que les caisses-maladie, il n’y a donc rien à en attendre. Notre politique commerciale et agricole continuera donc à se faire à Bruxelles ou dans les conseils d’administration, mais sûrement pas à Berne.

Le lecteur de 24 Heures, M. Jean-Richard Monthoux, a donc bien raison de dire qu’il faut “arrêter de nous bassiner avec le réchauffement climatique et le stand-by des TV, puisqu’un seul kilo de ce raisin (d’Afrique du Sud) représente probablement l’équivalent de bien des années de stand-by d’un téléviseur du point de vue dépense énergétique”.

Au-delà, il faut commencer à se demander si un minimum de protectionnisme agricole ne serait pas souhaitable, plutôt que, par exemple, l’escroquerie du cassis de  Dijon.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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