15/04/2009

Passeport biométrique: où est le problème ?

S’il faut faire une crise de paranoïa aujourd’hui, ce n’est pas contre notre banal passeport biométrique, mais contre notre fichage constant tel qu’il a lieu sur internet, un fichage dont les données sont à la fois invérifiables et ineffaçables. Et ça, c’est vraiment grave.


Etes-vous client d’amazon.com, ou de quelque autre commerçant en ligne? Ils sont équipés de logiciels prodigieusement futés. A chacune de vos visites, ils vous proposent spontanément une sélection de produits exactement situés dans la ligne de ce que vous aimez.

Pour arriver à ce résultat, ils analysent vos achats et votre navigation, passée et présente, sur le site. Joints aux données personnelles que vous avez fourni lors de votre inscription, ces éléments dressent un profil précis de votre personne. Les données de votre Supercard ou de votre Cumulus, et tout ce que vous confiez imprudemment à Facebook, vous mettent tout autant à nu.

Pourquoi, dès lors, nous offusquons-nous soudain qu’un document officiel comme le passeport suisse contienne quelques données personnelles, plutôt basiques et anodines, comme l’identité, la photo et deux empreintes digitales? Le fait est qu’il y a beaucoup moins de données sensibles dans le passeport biométrique que dans les innombrables formulaires que nous remplissons tous les jours, et dont la confidentialité est loin d’être garantie – pensez au seul exemple des questionnaires requis pour souscrire une assurance-vie. Plus invasif, tu meurs!

Est-ce le fait que ce type de passeport soit exigé par l’Union européenne et les Etats-Unis, qui nous prend à rebrousse-poil? C’est possible, mais ce n’est sûrement pas une raison suffisante pour le refuser. La centralisation de ces données minimales – elles ne touchent guère à notre sphère intime –, sous conditions strictes, menacera assurément moins nos libertés que la collecte permanente de renseignements à laquelle se livrent services secrets, administrations fiscales et entreprises commerciales. Chaque jour, ces officines passent au scanner des millions d’e-mails (oui, les vôtres aussi!), et écument les réseaux sociaux et commerçants pour y rassembler des faits, des images et des renseignements de toute sorte, sans discrimination, soit pour les revendre, soit pour les conserver à l’abri, car ils pourraient servir, un jour.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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