04/04/2009

G 20: soyons malhonnêtes, comme les grands!

La Suisse et d’autres «petits» sur une liste grise de l’OCDE, des grands qui obtiennent le droit de ne pas se soumettre aux règles: l’hypocrisie du G 20 a été à la hauteur des attentes.


Le traitement réservé à notre pays est infâmant et injuste, mais cette attitude agressive du G 20 est conforme à l’objectif, qui consiste à casser la place financière suisse pour en récupérer les meilleurs morceaux. A cet égard, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis viennent de marquer des points décisifs: leurs pratiques d’évasion fiscale sont de facto acceptées et tolérées par la communauté internationale. Les clients inquiets des banques suisses pourront donc trouver dans ces pays des havres accueillants pour leur argent – propre ou sale, on est là-bas beaucoup moins regardant qu’en Suisse.

C’est pourtant plutôt aux Européens qu’aux anglo-saxons que la Suisse doit ce traitement hargneux et indigne. En effet, Mme Merkel et surtout M. Sarkozy ont abordé le sommet du G 20 dans un esprit de vengeance, tandis que les anglo-saxons, plus intelligemment, visaient à juste titre la relance de la machine économique mondiale. C’est beaucoup plus important que de «punir» de petits pays, juste pour l’exemple. Mais peut-être le président français a-t-il des comptes à régler avec lui-même, lui qui comme avocat prodiguait des conseils à ses riches clients en matière d’évasion fiscale. Pour lire l’article de Rue 89, cliquez ici.

Comment la Suisse doit-elle réagir? Ses ministres ont fait part de leur agacement, parfois de manière assez crue comme M. Couchepin, mais ils ont réagi en ordre dispersé, au gré d’apparitions médiatiques. Le gouvernement doit maintenant protester de manière officielle et solennelle, et dire clairement son mécontentement. Par parenthèse, on notera que l’Union européenne n’a pas levé le petit doigt pour défendre l’honneur de la Belgique, de l’Autriche ou du Luxembourg. Comme quoi, la Suisse n’aurait pas été mieux défendue si elle en avait fait partie: CQFD…

Cela dit, on peut voir quelques éléments positifs dans le fait de figurer sur cette ridicule liste grise. D’abord, la Suisse, froissée, pourrait sinon geler ses intentions proclamées, du moins traîner les pieds en matière d’échange d’informations: puisqu’on nous considère comme non fiables, agissons en conséquence, au mieux de nos intérêts plutôt qu’au mieux des intérêts des autres.

Dans le même ordre d’idées, faisons notre profit des règles tacites qui ont été admises au G 20: les trusts, et les montages financiers opaques qui règnent aux Etats-Unis, sont permis. Dès lors, qu’on autorise nos banques à adopter les mêmes instruments, notamment pour conserver leurs clients étrangers. Depuis peu, le droit suisse reconnaît les trusts, il faut donc foncer dans cette brèche. Certes, ce système  est coûteux pour les clients, mais il les met définitivement à l’abri du fisc, puisqu’ils ne sont plus propriétaires de leur fortune.

Les représentants de l’Union européenne voulaient moraliser le marché financier, ils n’auront réussi qu’à sanctifier des pratiques encore moins morales que le secret bancaire suisse.

Philippe Barraud
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14:45 Publié dans Politique | Tags : g 20 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer

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