30/03/2009

Bergauf, Bergab

Ce beau documentaire est non seulement le film suisse le plus populaire de 2008, c’est surtout ce qu’on peut voir de plus roboratif sur nos écrans – un hymne tout simple mais convaincant à des valeurs pérennes.


Le réalisateur Hans Haldimann nous montre une année dans la vie des Kempf, une famille de paysans de montagne du Schächental, dans le canton d’Uri. Comme leur domaine en plaine est trop petit, il s’étire maintenant sur trois étages alpins, entre 500 et 1720 mètres d’altitude. Dix fois par an (!), toute la famille élargie «remue» d’une étable à l’autre, avec son bétail, brassant la neige et bravant les orages.

Leur labeur acharné est impressionnant, qui les voit traquer quelques brassées de foin dans des pentes où la chute est interdite; porter d’énormes ballots de fourrage sur la tête, ou le hisser sur de grandes luges d’été tirées par un treuil. Et tous les matins, sans exception, descendre le lait sur un sentier raide jusqu’au téléphérique qui l’emportera en plaine. Un lait dont le prix baisse inexorablement, et soudain on se surprend à détester ces mouvements de consommateurs qui n’ont que la baisse des prix en tête, au mépris complet du travail de nos petits producteurs.

Un travail de fous dont bien peu de nos contemporains voudraient. Et tout le monde participe, évidemment, du grand-père jusqu’aux enfants. Certains se plaindraient. Eux affichent une joie de vivre et une détermination éblouissantes, pour rien au monde ils ne feraient autre chose. Ah ! Le grand-père ! Tanné par les années et le soleil, il bosse du matin au soir, la pipe et le sourire au lèvres, et philosophe en affûtant sa faux: «Tant qu’on peut travailler, il faut travailler, non?»

La mère de famille, Monika, n’est pas en reste, à la fois aux champs, à la cuisine, à la lessive, un œil sur les enfants, qui ne sont pas surprotégés, mais découvrent le monde par eux-mêmes. Quant à Max, le chef de famille, son énergie, son savoir-faire universel et son courage laissent pantois. Il a beau travailler dans les quinze heures par jour, sept jours sur sept, il dit que s’il le faut, il prendra un deuxième emploi ! C’est que l’Etat ne les aide pas beaucoup: le canton leur donne un coup de main, mais les bureaucrates de la Confédération jugent leur domaine trop peu rentable, et refusent donc toute subvention. Ils ne se plaignent même pas: c’est comme ça…

Ce film fait du bien car il montre que, dans une société suisse qui hélas s’urbanise à grands pas, avec tout ce que cela comporte de pertes de repères et de dérives morales, il est possible de vivre en perpétuant des valeurs traditionnelles et familiales fortes, faites de solidarité, de fidélité aux objectifs, d’abnégation aussi. Quand tant de gens et tant de jeunes se laissent ballotter par la vie et les manipulations des médias et de la publicité, voir la détermination de granit de ces jeunes paysans est bouleversant. Et donne de l’espoir en l’avenir de ce pays.

Pour l’anecdote, notons qu’un de ces inénarrables critiques de cinéma qui s’écoutent parler et s’auto-congratulent sur La Première dit avoir trouvé, dans cette célébration de la Suisse traditionnelle, quelque chose de «nauséabond». Merci à ce crétin suburbain de nous donner la preuve que c’est un bon film !
(A voir au cinéma City-Pully)


Philippe Barraud, Commentaires.com

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