25/03/2009

Et si la Suisse osait le repli ?

… et c’est reparti: les attaques que subit notre pays ont redonné de l’énergie aux europhiles, qui remettent la question de l’adhésion à l’UE sur la table. Disons-le tout net, c’est bien le pire moment pour entrer en négociations. Si on examinait plutôt l’opportunité d’un repli stratégique intelligent?


Il y a bien sûr les allumés du NOMES (après tout c’est leur boulot de rouler pour l’UE), mais aussi un certain nombre de politiciens, et bien évidemment les médias. Le 25 mars, Le Temps y allait de son couplet: «La tentation du repli nationaliste grandit dangereusement alors que la raison devrait conduire à s’interroger froidement: est-il encore pertinent de défendre nos intérêts hors de l’Union européenne, sans alliés solides ni droit de veto, au prix d’une souveraineté émasculée?»

La naïveté est parfois un défaut touchant. Dans un quotidien de référence, c’est une faute impardonnable. Imagine-t-on, dans le contexte de crise actuel, à quel niveau se situerait le prix d’entrée pour la Suisse? Notre pays est, comme jamais, mis sous pression par de véritables prédateurs: Allemagne, Royaume Uni, France, Etats-Unis. L’occasion serait trop belle, pour eux, d’exiger que la Suisse renonce – à leur profit – à tout ce qui fait sa prospérité. Autrement dit, ils n’accepteraient la candidature de la Suisse qu’à la condition qu’elle se dépouille complètement, et se présente devant eux en robe de bure – assurée toutefois de devoir payer par la suite une cotisation maximale.

Après? En admettant que les Suisses aient commis la folie de voter pour l’adhésion, croit-on vraiment que nous serions aussitôt entourés d’amis, comme sur Facebook, qui défendraient nos particularismes, nos législations fiscales, notre souveraineté? Dans la crise actuelle, le Luxembourg et l’Autriche ont-ils trouvés des «alliés solides» dans l’Union européenne? Ils ont été forcés de plier, victimes d’un chantage en bonne et due forme. Notre pays serait proprement dépouillé et dépecé, tout simplement parce qu’il serait beaucoup trop petit et trop faible, au milieu de l’Union, pour pouvoir défendre efficacement ses intérêts. La Suisse serait la 27e roue du char européen, ce qui n’est pas une position particulièrement stratégique.

Evacuons donc l’option de l’adhésion, d’autant plus énergiquement que, nous en sommes certain, les Suisses dans leur grande majorité n’entendent pas liquider leur pays, ni le livrer à leurs chers voisins avides. Les citoyens sont moralement beaucoup solides que leurs leaders politiques et d’opinion, apeurés comme des lapins dès que quelque ministre caricatural élève la voix.

Que faire alors? L’idée de repli a ceci de particulier qu’elle est systématiquement diabolisée, alors que personne n’en a jamais exploré sérieusement les conditions et les conséquences possibles. Puisqu’on nous ressasse qu’il faut être «ouverts», soyons-le aussi à l’égard d’hypothèses qui vont à contre-courant du néoconformisme ambiant, et posons-les sur la table. Pourquoi pas un certain niveau de repli, c’est-à-dire, en clair, le courage de dire non? Pourquoi ne pas imaginer les contours d’une sorte de «Réduit» modèle 2010? Nous sommes un certain nombre à penser qu’une telle attitude, ferme et résolue, inspirerait davantage le respect à ceux qui nous attaquent, qu’une débandade sans honneur au premier coup de canon verbal.

Philippe Barraud
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15:21 Publié dans Politique | Tags : repli, ue | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer

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