23/03/2009

Une nouvelle roquette contre les médecins

Comme par hasard, à la veille de la grève des médecins, M. Couchepin laisse entendre qu’il pourrait diminuer la rétribution des spécialistes pour améliorer le revenu des généralistes. Diviser pour régner est une vieille tactique éprouvée, mais la ficelle est un peu grosse.


On ne s’étonne guère qu’un ministre aussi machiavélique que Pascal Couchepin ait lancé maintenant cette nouvelle roquette sur la corporation médicale, en envoyant au feu son gris porte-parole. Lequel n’a pas fait mystère du fait que la soudaine générosité de M. Couchepin envers les médecins de premier recours ne devrait en aucun cas signifier une augmentation des coûts globaux de la santé. En clair, les médecins spécialistes sont maintenant une cible secondaire de choix, car si la rémunération des généralistes augmente, la leur devra nécessairement diminuer – alors même que leur revenu a déjà sérieusement chuté.

 

Le ministre de la santé pense-t-il vraiment réussir à casser de la sorte le front du mécontentement auquel il doit faire face? Il aura certes des appuis dans cette démarche, à commencer par les assureurs de Santésuisse. Mais il est douteux qu’il parvienne à dresser les médecins les uns contre les autres, à semer la zizanie dans une profession qui, au contraire, est soudée par l’accumulation des problèmes de fond qu’elle rencontre, et que le même ministre s’obstine à ne pas résoudre.

 

On sait qu’il y a de graves problèmes de relève: par exemple, l’importation quasiment par charters de médecins et de personnel soignant étrangers, au détriment des pays qui les ont formés; la disparition programmée des cabinets de campagne, en particulier avec la diminution au sabre des tarifs des laboratoires, avec pour corollaire la disparition du métier d’assistante médicale; le maintien probable du gel de l’ouverture de nouveaux cabinets, et encore le numerus clausus appliqué aux études de médecine.

 

Ces problèmes sont aigus et ne se résoudront pas par un pilonnage unilatéral de la profession médicale, où les artilleurs sont, main dans la main et sans aucune vergogne, le ministre de la santé et le lobby des assureurs privés. On se croirait Amérique du Sud.

 

Le plus grave, c’est qu’on peut déjà assurer que le dindon de la farce, au bout du compte, ce sera le patient, c'est-à-dire vous et moi. Les médecins sont bien organisés et relativement forts face aux technocrates; en revanche, les patients n’ont guère de lobby, et leurs rares défenseurs au parlement sont écrasés par les nombreux dévoués serviteurs des assureurs, à commencer par le président de ceux-ci! En défendant le beau métier de généraliste, un métier utile entre tous à l’ensemble de la population, les médecins en colère viennent au secours des patients et de leur qualité de vie. En cela, la population devrait leur manifester un soutien sans réserve, plutôt que de ressasser des clichés totalement dépassés sur leurs prétendus revenus. Mais les clichés ont la vie dure, hélas: il a fallu longtemps aux paysans pour convaincre qu’ils ne roulent plus en Mercedes…

 

 

 

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