03/03/2009

Schengen, asile et privilèges

Les Accords de Schengen devaient permettre à la Suisse de renvoyer plus facilement les requérants d’asile déboutés. De toute évidence, ça ne marche pas, comme le montre l’échec de l’expulsion d’un requérant irakien débouté: il suffit d’un bon lobbying et d’un peu de violence, et on peut rester en Suisse! Qu’on se le dise…


Dans 24 Heures du 3 mars, un reportage suit à Kloten l’expulsion ratée vers la Suède du requérant irakien. Comme il est apparu dans le film «La Forteresse», M. Fahad Khammas a pu compter sur un comité de soutien professionnel composé notamment d’Amnesty International, du réalisateur Fernand Melgar et d’une conseillère juridique.
Probablement briefé par ses protecteurs, M. Khammas s’est débattu et a causé un scandale maximum dans l’avion, de sorte que le pilote a exigé qu’il en soit sorti. (Chacun sait que c’est comme cela qu’il faut faire pour éviter une expulsion, et ça marche plutôt bien). Le voilà donc toujours sur sol suisse, dans l’attente d’une énième recours dont le résultat, n’en doutons pas, fera l’objet de recours successifs pendant quelques années encore, car notre ordre  juridique est généreux envers ceux qui s’en servent et en abusent.
Pour faire bonne mesure, le redoutable Club des Bien-Pensants en matière d’asile, où on trouve un bel éventail de politiciens qui traverse toute la gauche jusqu’à Claude Ruey (c’est vous dire), réclame le réexamen du dossier, puisque bien sûr, l’administration a mal travaillé.
Cette affaire pose beaucoup de questions intéressantes. La première est de savoir pourquoi on réclame des faveurs et des privilèges pour un requérant débouté, sous le seul prétexte qu’il apparaît dans un film suisse. Il y a des quantités de personnes dans le même cas, qui sont parfois expulsées, parce que la loi l’exige ainsi. Et qui ne font pas de cinéma.
La deuxième question concerne le requérant lui-même. Voici un homme qui prétend vouloir vivre en Suisse, mais qui d’emblée en refuse les lois, et use de la force et du scandale contre l’autorité pour rendre les décisions le concernant inexécutables. Est-ce bien le genre de réfugié que les Suisses désirent protéger? Est-ce bien le message de désobéissance et de violence qu’il faut faire passer auprès des requérants d’asile? On s’étonne qu’une organisation comme Amnesty International puise dans le même temps cautionner ces violences, et demander une enquête sur d’éventuelles violences policières!
La troisième question, au-delà de ce cas particulier, est celle de l’efficacité du système Schengen. Apparemment, M. Khammas avait déjà été renvoyé une fois en Suède, laquelle l’avait laissé repartir en Suisse, d’où il ne veut plus partir!
L’échec spectaculaire de l’expulsion de ce requérant ne devrait pourtant pas trop réjouir ceux qui l’ont rendu possible. Avec de tels exemples, le citoyen-contribuable comprendra qu’on se moque de lui, et que les lois qu’il a votées sont appliquées à la tête du client, les plus violents étant les mieux servis. Il y a là largement de quoi demander un tour de vis supplémentaire à une politique d’asile qui demeure angélique et laxiste.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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