03/03/2009

L'Histoire donnera raison à Merz

La place financière suisse est mise sérieusement en danger par les Etats-Unis et par l’Union européenne, pour des raisons qui relèvent probablement moins de la justice fiscale que de la concurrence économique. Dans cette tempête, le Conseil fédéral a raison de garder son calme, malgré les couinements des médias et des politiciens.


En créant une délégation ministérielle en son propre sein, plutôt qu’en mettant en place une task force spectaculaire mais probablement inefficace, le Conseil fédéral a fait le bon choix. La crise qui a éclaté autour de secret bancaire est extraordinairement complexe, et toute inflexion de la politique actuelle en ce domaine pourrait avoir de très lourdes conséquences sur l’ensemble de notre économie. Il est donc juste de prendre le temps d’aller au fond des choses, voire de décider de ne rien décider, ce qui serait une belle marque d’indépendance.

Cette politique de résistance, assez churchillienne en somme, vaut à Hans-Rudolf Merz une vague d’insultes et de mépris choquante, de la part de gens qui croient que la politique se fait à la une des journaux et à la tribune du parlement. Dieu nous préserve de mettre ces agités au pouvoir! Car ils sont à peu près tous d’accord pour dire qu’il faut dans l’urgence agir, négocier, discuter, mener une politique «pro-active», comme dit Christian Levrat dans un français hélas bien approximatif.

Agir, négocier, discuter… Oui, mais quoi? Les médias et les chefs de partis ne voient apparemment aucun inconvénient à convoquer des conférences et des sommets, sans même en avoir ni imaginé ni préparé le contenu. Dans les relations internationales, c’est le plus sûr moyen de se faire massacrer.

Merz et le Conseil fédéral, indifférents au flot des injures, gardent la tête froide et gèrent la crise comme un joueur d’échec, qui réfléchit et calcule avant de bouger une pièce. Ils ont raison. Mener une politique «pro-active», comme dit le président du PS, cela consiste à aller offrir sa gorge à celui qui vous attaque.

Ces appels convergents et quotidiens à la capitulation anticipée sont écoeurants, et politiquement ineptes. Les Américains et les Européens tapent fort pour voir quel effet cela produit – tactique élémentaire de puissant. Si Levrat était à la place de Merz, le secret bancaire aurait déjà vécu, et nous aurions quelques dizaines de milliers de chômeurs en plus. En revanche si le Conseil fédéral tient bon et ne cède rien de fondamental sur le secret bancaire, alors les Américains et les Européens concevront peut-être quelque respect pour ce petit pays qui ose leur tenir tête; en tout cas, ils viendront discuter sur des bases décidées en commun, et non sur des bases qu’ils auraient imposées eux-mêmes.

Philippe Barraud
www.commentaires.com

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