23/02/2009

Résister ou disparaître

Il n’est pas de jour que les médias ne nous annoncent de nouvelles pressions et menaces contre la Suisse et ses intérêts. De deux choses l’une: ou bien les journalistes en font trop et fabriquent les problèmes; ou bien nos principaux partenaires (les Etats-Unis, l’Union européenne) sont de plus en plus hostiles et  veulent clairement casser notre économie; dans ce cas, il faut enter en résistance.

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19/02/2009

Couchepin sacrifie les patients

 

A entendre les commentaires de la radio de service public, Pascal Couchepin est un chevalier blanc qui va enfin punir ces salauds de médecins qui s’en mettent plein les poches. En réalité, ce sont les patients – vous et moi – qui payeront cher sa dramatique absence de vision.

La baisse des tarifs des analyses de laboratoire va entraîner la disparition d’un grand nombre de ceux-ci chez les généralistes, ce qui va profondément modifier et la profession, et le vécu des patients. Le nez dans le guidon, notre ministre de la santé ne voit que les chiffres à court terme, incapable d’élever son regard sur une vision plus large de la politique de santé. En cela, il apparaît comme un super-fonctionnaire, sûrement pas comme un homme d’Etat.

Pourquoi? Parce qu’en se moquant des conséquences de sa décision au-delà d’une hypothétique économie, il se moque ouvertement du patient que nous sommes tous un jour ou l’autre. La relation entre un individu et son médecin de famille est complexe et se développe sur une longue durée. Sa richesse et son efficacité repose à la fois sur le long terme, et sur la confiance réciproque. On fait confiance à son généraliste parce qu’il nous connaît bien, et qu’il peut souvent poser, dans l’instant, un diagnostic étayé par des analyses. Ce n’est pas rien: l’angoisse du malade potentiel est bien réelle, et elle est très mal vécue lorsque l’incertitude se prolonge, dans l’attente des résultats des examens. C’est le premier pilier du bien-vivre du patient.

Le deuxième, c’est de pouvoir être examiné et soigné sans devoir se déplacer et perdre son temps. Or il faut bien se rendre à l’évidence: si le généraliste ne fait plus les analyses, le patient devra se déplacer à l’hôpital et poireauter une bonne partie de la journée, où il sera traité comme un «cas» anonyme par du personnel débordé. Enfin, il devra prendre rendez-vous avec son médecin pour connaître les résultats. Comment les hôpitaux vont-ils gérer des centaines de visites supplémentaires chaque jour, et à quel coût? A cette question, M. Couchepin ne répond pas.

Certes, le généraliste pourra aussi envoyer ses échantillons à un laboratoire industriel. Mais s’il se trouve, par exemple, à Zinal et que la laboratoire est à Sion, cela va représenter 86 kilomètres de voiture pour quelques millilitres de sang ou d’urine. Multipliez cela par plusieurs dizaines de milliers d’échantillons par jour, et vous aurez une belle augmentation des émissions de CO2, et un gaspillage énergétique insensé. Mais certes, le département de M. Couchepin ne s’occupe par d’environnement, il ne saurait donc inclure cet aspect du problème dans sa réflexion…

N’en déplaise à l’encombrant lobby de Santésuisse, qui fait la pluie et le beau temps dans ce pays, l’argent n’est pas tout dans une politique de santé. Ce n’est même pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la qualité des prestations, et le confort du patient. Et cela, seuls des généralistes bien formés et en nombre suffisant peuvent l’assurer à long terme. Ce n’est certainement pas dans un hôpital bondé que le patient trouvera l’empathie et le climat de confiance dont il a besoin.

Un ministre de la santé soucieux du bien-être des patients, plutôt que de celui des assureurs, mettrait le paquet pour encourager les jeunes médecins à choisir cette voie qui reste magnifique mais qui, à force d’être sabordée par l’Etat, va périr faute de vocations.

Philippe Barraud

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17/02/2009

Quand une mère se fait tabasser devant l'école

24 Heures nous apprend qu’une mère de famille de Vouvry a été tabassée par un ado, apparemment coutumier du fait, qui l’insultait en serbo-croate, sous les yeux de son fils terrorisé. Les témoins n’ont évidemment pas bougé, et les copains de l’agresseur se sont bien marrés. Sachant que cette racaille n’encourt qu’une admonestation du juge, étant mineur, on salue le courage de la victime, qui a retiré son enfant de l’école et a porté plainte, alors que le risque de représailles est très grand. On espère vivement que la police locale la fait protéger.

Et on aimerait bien savoir comment les beaux esprits qui refusent tout durcissement du Code pénal pour les mineurs - comme encore Mme Anne Bisang ce 17 février sur La Première - s’y prendraient pour amener à leurs admirables sentiments un ado hyperviolent et caractériel, probablement largué par des parents dépassés. Car on veut bien admettre que la répression ne résout pas tous les problèmes, mais enfin la réalité quotidienne - lisez les journaux - nous démontre que la pratique actuelle, tout imprégnée de bons sentiments et de fantasmes édéniques, est un échec complet. En particulier parce que les structures éducatives manquent, et parce que les éducateurs affectés à cette tâche connaissent des taux de succès assez modestes - voyez le jeune assassin de Clarens, toujours très fier de ses exploits malgré trois ans de “soins”.

La jeunesse mérite assurément beaucoup d’égards, mais elle a besoin aussi de rencontrer des limites, de voir face à elle des adultes qui savent dire non et, au besoin, punir. La jeunesse n’a pas la science infuse ni la sagesse spontanée, et si elle ne rencontre jamais que des ventres mous dans ses tentatives de trouver les limites, elle devra pousser toujours plus loin la provocation pour pouvoir se situer. On a malheureusement tendance à faire croire à la jeunesse qu’elle a tous les droits en raison même de ce qu’elle est, et elle finit par le croire. Un petit zèbre déclarait benoîtement l’autre jour à la radio qu’il faudrait donner le droit de vote dès 12 ans, et le retirer aux retraités!

Les égards que l’on doit à la jeunesse ne doivent pas primer sur ceux auxquels les autres citoyens ont tout naturellement droit aussi. C’est bien pourquoi, face à la radicalisation de la violence des jeunes et à la disparition des parents, il est nécessaire d’adapter le Code pénal à la situation actuelle. Mais parce que ce discours n’est - croit-on - pas populaire ni flatteur, les politiciens et les juristes se liguent pour que rien ne bouge, et verrouillent le processus législatif. C’est un choix, un choix veule car l’immobilisme est la plus médiocre façon de faire de la politique. Prenons-en acte, et encourageons ceux qui se lanceront dans la récolte de signatures pour que les mineurs criminels ne soient plus traités comme des bébés innocents.

Philippe Barraud

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17:23 Publié dans Politique | Tags : code pénal | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer

12/02/2009

La chasse aux riches est ouverte

La surprenante votation zurichoise du 8 février contre les forfaits fiscaux a suscité des velléités identiques chez l’extrême-gauche rose et verte, et chez les socialistes. Qui ont tenté de porter le combat contre les riches étrangers à la fois au niveau fédéral, et dans certains cantons.

Si ce n’est pas du populisme épais, cela y ressemble beaucoup. Mais il semble que lorsqu’il émane de la gauche, le populisme soit tout à fait acceptable. Il n’empêche: on s’étonne d’une telle démagogie, et on s’étonne de voir la gauche exiger une diminution des recettes fiscales, elle qui en général est la championne des hausses d’impôts.

Car il faut être clair: si les riches étrangers vont prendre domicile en Grande-Bretagne, en Belgique ou au Luxembourg (comme l’Union européenne est compréhensive parfois!) tout en continuant à séjourner en Suisse, ce sont bien les classes moyennes chères à la gauche qui devront compenser le manque à gagner, et donc payer davantage d’impôts. Quelle réussite!

Mais le plus désolant dans ces initiatives, c’est ce côté chasse aux riches, aux riches étrangers plus précisément, qui transpire la frustration et l’envie, la haine de classe, la xénophobie sélective. Cette campagne est tout simplement médiocre et honteuse, et montre bien à quelles errances peut conduire l’aveuglement idéologique.

 

Philippe Barraud

06/02/2009

D'accord avec une baisse de salaire de 90%?

Imaginez que votre salaire soit soudain réduit de 90%, et qu’on vous demande un sérieux effort supplémentaire. Honnêtement, n’allez-vous pas changer de crèmerie?

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L'Etat papa poule

Une des innombrables jeunes dames de gauche de La Première s'étranglait l'autre jour d'apprendre que la Suisse faisait figure de mauvais élève en matière de structures d'accueil pour la petite enfance. Et préconisait de supprimer le fédéralisme puisque ces affreux cantons, souverains en la matière, n'en font pas assez.
A notre sens la Suisse est le meilleur élève en ce domaine. Ce n'est pas à l'Etat de garder et d'éduquer les nourrissons de parents que ces tâches ennuient. De plus, la multiplication des structures d'accueil favorise la natalité, ce qui est un non-sens d'un point de vue écologique. Donc, que les parents s'occupent de leurs enfants et les poules seront bien gardées.

Philippe Barraud
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04/02/2009

RSR-TSR: les vrais gagnant du match Genève-Lausanne

Les rumeurs de regroupement de la Radio suisse romande et de la Télévision suisse romande en un lieu unique, c’est-à-dire à Genève, ont suscité la mobilisation générale chez les responsables politiques vaudois. Du Président du Conseil d’Etat au Syndic de Lausanne, en passant par le Grand Conseil, de solennels appels ont été lancés à la SSR pour qu’elle ne prive pas la capitale vaudoise de cette radio qui, après tout, est née dans les hauts de la ville. Les dirigeants des deux sociétés ont tenu des propos lénifiants, assurant que les milieux politiques avaient mal compris, que rien n’était décidé – brefs, ils ont promené leur monde.

Les autorités genevoises se sont moins émues, convaincues, toujours modestes, qu’elles emporteraient le morceau dans un fauteuil. Voire… Un regroupement de la TSR et de la RSR à Lausanne recentrerait opportunément la télévision de service public, aujourd’hui reléguée aux confins du pays romand, quasiment en Savoie, si loin de Brigue et de Delémont! Une idée à creuser, non?

Ces réactions politiques sont certes des querelles de clocher, mais elles n’en sont pas moins respectables: avoir ces grosses institutions sur son sol est un avantage évident. Bien sûr, ces débats furieux n’émeuvent pas beaucoup les Fribourgeois, les Neuchâtelois, les Valaisans ou les Jurassiens: eux n’ont de toute façon dans leurs capitales respectives que de modestes antennes de la RSR et de la TSR – modestes à l’aune du service public: pour des diffuseurs privés, elles seraient pharaoniques.

Mais dans la querelle actuelle, les choses sont peut-être moins simples qu’il n’y paraît. Car au-delà de la localisation géographique des studios, il y a les femmes et les hommes qui font, au jour le jour, la radio et la télévision. Et là, il n’y a pas photo: qu’on soit à Lausanne ou à Genève, ce sont les Valaisans qui tiennent le haut du pavé, ce sont eux les vrais maîtres de la radio et de la télé. Regardez les organigrammes, écoutez les noms des journalistes: c’est une tempête de Crettenand, de Rapaz, de Morard, de Delétroz, de Décaillet, de Donnet-Monnet, de Revaz, de Rausis, de Lamon – et on en oublie des tas, faute de place.

On s’en réjouit car ce sont d’excellents professionnels. Tout au plus regrette-t-on qu’ils aient dû, comme leurs collègues d’autres régions, raboter leur accent, au profit d’un français terne et incolore. Ne serait-ce qu’à ce titre, on regrette encore et toujours Liliane Varone…

Philippe Barraud
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09:18 Publié dans Médias | Tags : rsr, tsr, journalistes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer

01/02/2009

Affaire Tinner: le Conseil fédéral a bien agi

La Suisse officielle est parfaitement incapable d’assurer la confidentialité de documents sensibles. Donc, le Conseil fédéral a bien fait de détruire les plans d’engins atomiques.

Le rapport de la délégation de la commission de gestions sur la destruction de documents dans l’affaire Tinner, publié contre l’avis du Conseil fédéral, fait les choux-gras des médias et des politiciens qui se rêvent en Chevalier Blanc de la politique suisse. Que voilà un gouvernement brouillon, trop sensible aux pressions américaines, et qui viole la Constitution !

Passons sur les envolées et les effets de manche de la sous-commission, pour aller à la seule question essentielle: cafouillage entre départements ou pas, fallait-il détruire ces documents? Ceux-ci devaient servir, notamment, à la justice pour étayer son dossier contre les ingénieurs Tinner, un père et ses deux fils, soupçonnés d’infraction à la loi sur le matériel de guerre, et par ailleurs collaborateurs de la CIA – ce qui n’est pas un délit en soi.

La question est de savoir ce qui est le plus important. D’un côté, la nécessité d’instruire au mieux le procès des Tinner; de l’autre, le risque que les documents en question, qui recelaient des plans essentiels à la fabrication d’une arme atomique, tombent entre les mains d’Etats voyous, ou de groupes terroristes.

Le choix, malheureusement, était vite fait. On peut affirmer sans grands risques de se tromper que si ces documents n’avaient pas été détruits, ils auraient fini tôt ou tard dans la presse dominicale, ce qui n’est pas grave, mais aussi entre les mains de groupes malintentionnés, ce qui l’est beaucoup plus. Procès d’intention? La Suisse officielle, malheureusement, est parfaitement incapable d’assurer la confidentialité de documents sensibles. On le voit semaine après semaine: la presse dominicale est mieux informée que le Conseil fédéral lui-même (ou que les services de renseignement), parce que les fuites, érigées en système dans l’administration fédérale, sont systématiques. Des fuites parfois organisées au plus haut niveau d’ailleurs, la fuite et la rumeur étant considérés comme une forme de gouvernement comme les autres.

Dans ce contexte délétère, caractéristique des gouvernements faibles, le procès des Tinner n’a objectivement aucune importance au regard des risques énormes pour la sécurité mondiale que recelaient ces documents. En d’autres termes, et même si les procédures n’ont pas été fameuses et encore moins régulières, Christoph Blocher et Micheline Calmy-Rey ont eu raison de se résoudre à la destruction de ces documents.

Y avait-il une alternative? Oui, mais une alternative politiquement impossible: les Américains auraient voulu que la Suisse leur remette les documents, qui auraient été tenus à la disposition des autorités judiciaires suisses. Imagine-t-on le tollé, en Suisse, si le Conseil fédéral avait donné suite ? On l’aurait accusé d’être à la solde des Etats-Unis, et la commission de gestion l’aurait flingué encore plus radicalement qu’aujourd’hui.

Reste que cette affaire a fait beaucoup de dégâts. Les critiques qui explosent aujourd’hui affaiblissent encore un peu plus un gouvernement dont la crédibilité est proche de zéro – grâce, largement, à l’acharnement des médias et des politiciens. Qui a dit que la Suisse avait plus de chance que la Belgique ?

Philippe Barraud  
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15:36 Publié dans Politique | Tags : tinner | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer