19/02/2009

Couchepin sacrifie les patients

 

A entendre les commentaires de la radio de service public, Pascal Couchepin est un chevalier blanc qui va enfin punir ces salauds de médecins qui s’en mettent plein les poches. En réalité, ce sont les patients – vous et moi – qui payeront cher sa dramatique absence de vision.

La baisse des tarifs des analyses de laboratoire va entraîner la disparition d’un grand nombre de ceux-ci chez les généralistes, ce qui va profondément modifier et la profession, et le vécu des patients. Le nez dans le guidon, notre ministre de la santé ne voit que les chiffres à court terme, incapable d’élever son regard sur une vision plus large de la politique de santé. En cela, il apparaît comme un super-fonctionnaire, sûrement pas comme un homme d’Etat.

Pourquoi? Parce qu’en se moquant des conséquences de sa décision au-delà d’une hypothétique économie, il se moque ouvertement du patient que nous sommes tous un jour ou l’autre. La relation entre un individu et son médecin de famille est complexe et se développe sur une longue durée. Sa richesse et son efficacité repose à la fois sur le long terme, et sur la confiance réciproque. On fait confiance à son généraliste parce qu’il nous connaît bien, et qu’il peut souvent poser, dans l’instant, un diagnostic étayé par des analyses. Ce n’est pas rien: l’angoisse du malade potentiel est bien réelle, et elle est très mal vécue lorsque l’incertitude se prolonge, dans l’attente des résultats des examens. C’est le premier pilier du bien-vivre du patient.

Le deuxième, c’est de pouvoir être examiné et soigné sans devoir se déplacer et perdre son temps. Or il faut bien se rendre à l’évidence: si le généraliste ne fait plus les analyses, le patient devra se déplacer à l’hôpital et poireauter une bonne partie de la journée, où il sera traité comme un «cas» anonyme par du personnel débordé. Enfin, il devra prendre rendez-vous avec son médecin pour connaître les résultats. Comment les hôpitaux vont-ils gérer des centaines de visites supplémentaires chaque jour, et à quel coût? A cette question, M. Couchepin ne répond pas.

Certes, le généraliste pourra aussi envoyer ses échantillons à un laboratoire industriel. Mais s’il se trouve, par exemple, à Zinal et que la laboratoire est à Sion, cela va représenter 86 kilomètres de voiture pour quelques millilitres de sang ou d’urine. Multipliez cela par plusieurs dizaines de milliers d’échantillons par jour, et vous aurez une belle augmentation des émissions de CO2, et un gaspillage énergétique insensé. Mais certes, le département de M. Couchepin ne s’occupe par d’environnement, il ne saurait donc inclure cet aspect du problème dans sa réflexion…

N’en déplaise à l’encombrant lobby de Santésuisse, qui fait la pluie et le beau temps dans ce pays, l’argent n’est pas tout dans une politique de santé. Ce n’est même pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la qualité des prestations, et le confort du patient. Et cela, seuls des généralistes bien formés et en nombre suffisant peuvent l’assurer à long terme. Ce n’est certainement pas dans un hôpital bondé que le patient trouvera l’empathie et le climat de confiance dont il a besoin.

Un ministre de la santé soucieux du bien-être des patients, plutôt que de celui des assureurs, mettrait le paquet pour encourager les jeunes médecins à choisir cette voie qui reste magnifique mais qui, à force d’être sabordée par l’Etat, va périr faute de vocations.

Philippe Barraud

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