06/02/2009

D'accord avec une baisse de salaire de 90%?

Imaginez que votre salaire soit soudain réduit de 90%, et qu’on vous demande un sérieux effort supplémentaire. Honnêtement, n’allez-vous pas changer de crèmerie?


La volonté du président Obama de réduire drastiquement le salaire des patrons des entreprises aidées par l’Etat signale un équilibrisme périlleux entre pragmatisme et démagogie.
D’un côté en effet, il est normal et légitime que l’Etat veille à ce que l’argent des contribuables ne soit pas détourné de ses fins, et ne serve pas à de l’enrichissement personnel. Mais aller jusqu’à fixer un plafond, au dollar près, est un procédé naïf et autoritaire, qui certes satisfera la soif de vengeance de l’opinion publique, mais ira à l’encontre des intérêt des entreprises qu’il s’agit de sortir de l’ornière.
En effet, vous ne pouvez pas exiger d’un top manager, espèce rare, qu’il mouille sa chemise 70 heures par semaine pour un salaire de haut-fonctionnaire, alors qu’il peut gagner dix à vingt fois plus en traversant la rue. L’inévitable Dominique Biedermann, de la fondation Ethos, pourfendeur patenté de l’efficience des entreprises et référent quasi unique de nos médias, expliquait benoîtement que le risque de voir les managers quitter les entreprises en péril n’existait pas car, disait-il, les emplois se font rares.
Sottise ! Peut-être bien que le postes se font rares au guichet des banques et dans le back office, ou chez le vendeur de voitures en bas de chez vous. Mais au sommet des grands groupes, il y a davantage de postes exposés que de managers exceptionnels capables de les occuper. Dès lors, et si les salaires sont bloqués ici, ces perles rares iront là où ils ne le sont pas. Pensez-vous qu’un Daniel Vasella accepterait de voir son salaire passer de 30 millions à 500′000 francs? Et vous, que feriez-vous à sa place?
Bien sûr, les anticapitalistes qui relèvent la tête ces temps-ci vous diront qu’il faut limiter tous les salaires au même niveau, et qu’ainsi la concurrence n’existera plus. Mais avec de telles solutions, il faudra renoncer au redressement de l’économie, et aller prendre des cours de corruption et d’économie parallèle à Cuba.

Philippe Barraud
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