01/02/2009

Affaire Tinner: le Conseil fédéral a bien agi

La Suisse officielle est parfaitement incapable d’assurer la confidentialité de documents sensibles. Donc, le Conseil fédéral a bien fait de détruire les plans d’engins atomiques.

Le rapport de la délégation de la commission de gestions sur la destruction de documents dans l’affaire Tinner, publié contre l’avis du Conseil fédéral, fait les choux-gras des médias et des politiciens qui se rêvent en Chevalier Blanc de la politique suisse. Que voilà un gouvernement brouillon, trop sensible aux pressions américaines, et qui viole la Constitution !

Passons sur les envolées et les effets de manche de la sous-commission, pour aller à la seule question essentielle: cafouillage entre départements ou pas, fallait-il détruire ces documents? Ceux-ci devaient servir, notamment, à la justice pour étayer son dossier contre les ingénieurs Tinner, un père et ses deux fils, soupçonnés d’infraction à la loi sur le matériel de guerre, et par ailleurs collaborateurs de la CIA – ce qui n’est pas un délit en soi.

La question est de savoir ce qui est le plus important. D’un côté, la nécessité d’instruire au mieux le procès des Tinner; de l’autre, le risque que les documents en question, qui recelaient des plans essentiels à la fabrication d’une arme atomique, tombent entre les mains d’Etats voyous, ou de groupes terroristes.

Le choix, malheureusement, était vite fait. On peut affirmer sans grands risques de se tromper que si ces documents n’avaient pas été détruits, ils auraient fini tôt ou tard dans la presse dominicale, ce qui n’est pas grave, mais aussi entre les mains de groupes malintentionnés, ce qui l’est beaucoup plus. Procès d’intention? La Suisse officielle, malheureusement, est parfaitement incapable d’assurer la confidentialité de documents sensibles. On le voit semaine après semaine: la presse dominicale est mieux informée que le Conseil fédéral lui-même (ou que les services de renseignement), parce que les fuites, érigées en système dans l’administration fédérale, sont systématiques. Des fuites parfois organisées au plus haut niveau d’ailleurs, la fuite et la rumeur étant considérés comme une forme de gouvernement comme les autres.

Dans ce contexte délétère, caractéristique des gouvernements faibles, le procès des Tinner n’a objectivement aucune importance au regard des risques énormes pour la sécurité mondiale que recelaient ces documents. En d’autres termes, et même si les procédures n’ont pas été fameuses et encore moins régulières, Christoph Blocher et Micheline Calmy-Rey ont eu raison de se résoudre à la destruction de ces documents.

Y avait-il une alternative? Oui, mais une alternative politiquement impossible: les Américains auraient voulu que la Suisse leur remette les documents, qui auraient été tenus à la disposition des autorités judiciaires suisses. Imagine-t-on le tollé, en Suisse, si le Conseil fédéral avait donné suite ? On l’aurait accusé d’être à la solde des Etats-Unis, et la commission de gestion l’aurait flingué encore plus radicalement qu’aujourd’hui.

Reste que cette affaire a fait beaucoup de dégâts. Les critiques qui explosent aujourd’hui affaiblissent encore un peu plus un gouvernement dont la crédibilité est proche de zéro – grâce, largement, à l’acharnement des médias et des politiciens. Qui a dit que la Suisse avait plus de chance que la Belgique ?

Philippe Barraud  
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15:36 Publié dans Politique | Tags : tinner | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer

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