18/10/2015

Le plus méconnu de nos grands savants

Jean-Philippe Loys de Cheseaux est le plus méconnu des grands savants vaudois et suisses: aucune biographie ne lui avait été consacrée à ce jour. C’est désormais chose faite !

Mis à part un article paru dans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles en 1913, il n’existait jusqu’à aujourd’hui aucuneProjet couverture_réduitpublication rassemblant ce que l’on sait sur ce jeune prodige, mort à 33 ans après avoir produit un nombre impressionnant de travaux scientifiques, mais aussi après s’être engagé fortement au secours des protestants de France.
Formé par son grand-père, Jean-Pierre de Crousaz, philosophe et pédagogue connu dans toute l’Europe savante, le jeune Jean-Philippe voit ses premiers essais de physique publiés par l’Académie des sciences, à Paris, alors qu’il n’a que 17 ans !
Il impressionnera encore davantage le monde scientifique du continent avec ses travaux sur la comète de 1743, qu’il découvrit un soir de décembre de cette année-là. Adepte de Newton – ce qui n’allait pas de soi en ce 18e siècle encore cartésien – Loys de Cheseaux calcule la trajectoire prévisible de la comète pour les mois à venir, et envoie aussitôt ses calculs et ses dessins aux principaux astronomes d’Europe. A leur grande surprise, la comète suit fidèlement la route que lui a tracée le jeune homme. Cet exploit lui vaut l’admiration de ces savants, et débouche sur la publication très rapide du Traité de la Comète qui le rendra célèbre, un ouvrage remarquable non seulement par sa richesse scientifique et l’autorité éclatante de l’auteur, mais aussi par son souci d’être compris du plus grand nombre: Jean-Philippe Loys de Cheseaux a pris le soin d’écrire une première partie destinée à «ceux qui n’entendent pas les mathématiques».
Avant sa trentième année, Jean-Philippe Loys de Cheseaux avait été associé aux plus grandes académies européennes; l’Impératrice de Russie lui avait proposé un pont d’or pour devenir directeur de l’Observatoire de St-Pétersbourg – ce qu’il refusa, pour des motifs divers que le livre explicite. Il avait aussi découvert plusieurs nébuleuses et autres amas d’étoiles, grâce en particulier à une acuité visuelle exceptionnelle; calculé l’altitude du Mont-Blanc avec une méthode autre que la trigonométrie; établi une magnifique carte de la Suisse – publiée anonymement et reproduite dans le livre – pour l’historien Loys de Bochat; écrit de nombreuses dissertations dans le domaine de la physique.
Mais à côté de ses travaux scientifiques, Jean-Philippe Loys de Cheseaux s’était plongé dans ce qu’on appelait alors l’astronomie transcendante, autrement dit, l’art d’utiliser les mathématiques pour expliciter les prophéties de la Bible, notamment celles, chiffrées mais particulièrement obscures, de Daniel. Newton lui-même s’y était essayé.
Protestant fervent, Cheseaux consacra beaucoup d’énergie à soutenir ses coréligionnaires de France, férocement persécutés et dont les pasteurs, qui encouraient torture et pendaison, allaient de communauté en communauté, cachés et déguisés. Des centaines d’entre eux furent formés au Séminaire de Lausanne, que Cheseaux présida, et dont les comptes ultra-secrets étaient tenus par des banquiers genevois qui avaient nom Pictet, Lullin…
Fils du Banneret Loys de Cheseaux, Jean-Philippe n’en était pas moins proches de ses gens et de ses paysans, veillant à leur instruction et à leur santé. Il était aussi engagé dans la vie intellectuelle lausannoise, puisqu’il participa assidûment aux séances de la Société du Comte de la Lippe, un jeune prince allemand venu, comme tant d’autres, recevoir sa formation de futur souverain à Lausanne.
Son premier voyage, à Paris, qu’il raconte dans des lettres pleines de fraîcheur, fut aussi le dernier: lui qui avait une santé particulièrement fragile se dépensa sans compter entre les milieux scientifiques et ses amis protestants, avant de mourir entouré d’eux, le 30 novembre 1751. Il sera enterré le lendemain, de nuit, et n’eut même pas l’honneur d’une pierre tombale: celle que voulaient lui offrir ses amis fut refusée.

Pour en savoir plus et commander le livre: www.loysdecheseaux.ch

 

28/07/2015

Un lynchage médiatique estival

Une étrange coalition de journalistes et de caciques de l’UDC exige la tête de la présidente de l’UDC Vaud. Qu’elle cède serait désastreux pour l’image de la politique. Faire face, résister, voilà la seule attitude possible.

Fabienne Despot n’a pas de chance: c’est l’été, les médias n’ont rien à se mettre sous la dent, même Paleo est fini. Il y a bien les pompages d’eau française par l’armée suisse, une bonne occasion de taper sur l’armée que la presse ne va pas rater, mais enfin, on voit bien que la mayonnaise ne prend pas. Alors, on tartine sur l’affaire Despot, comme si c’était une affaire d’Etat. Normal: après tout, il s’agit de l’UDC, l’autre tête de turc des médias, on peut se lâcher dans les rédactions. A considérer le temps d’antenne consacré par les dames de La Première à faire pression sur Mme Despot, par interlocuteurs peu bienveillants interposés, on serait porté à croire que le destin du canton de Vaud est en jeu, et que sa démission serait un sacrifice pour la patrie.
La présidente de l’UDC vaudoise a commis une maladresse. Au demeurant, il s’agit d’une maladresse courante: combien de dirigeants de partis politiques – et de journalistes ! – n’ont-ils pas enregistré en douce, par exemple, des conversations téléphoniques ? Lorsque les médias se livrent à ce genre de quête d’informations, caméra cachée et micro dissimulé, ont les félicite et les tribunaux leur donnent généralement raison. Qu’on ne vienne pas nous dire que c’est pour une noble cause: pour les personnes enregistrées à leur insu, le dommage est le même, et les conséquences parfois lourdes.
Ne jouons donc pas les vierges effarouchées, et surtout, que les médias ne se laissent pas instrumentaliser par les vieux renards de l’UDC vaudoise, trop heureux de se débarrasser, grâce aux journalistes, d’une femme qui dérange. Au demeurant, on ne peut s’empêcher de sentir quelque vieille misogynie dans les propos mi-paternalistes mi-menaçants d’un Guy Parmelin et de quelques autres vieux grigous du marécage politique vaudois.
Fabienne Despot a commis une erreur, elle l’a reconnue, s’en est excusée. Elle serait une excellente représentante de son canton à Berne, si on voulait bien laisser le peuple décider si elle doit briguer un tel poste. Que veut-on de plus? Sa tête, tout simplement, car rien n’excite davantage les médias que l’odeur du sang. Tout cela est médiocre, et donne une image désastreuse à la fois du milieu politique, et des médias. Et on voudrait que les gens s’engagent ?

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10/04/2015

Les idiots utiles de l’Etat islamique

Les médias occidentaux sont béats d’admiration devant le piratage de France 5 par des terroristes se réclamant de l’EI. Quel talent ! Quelle puissance ! Triste réalité: nos médias sont les meilleurs agents de propagande de ces assassins.
Car ce n’est guère qu’une opération de propagande: au-delà de la stupéfaction des naïfs que nous sommes, cette opération n’a pas de portée politique, et encore moins militaire. Ou peut-être une seule: elle confirme que l’EI est aux abois, puisque sur les autres terrains, il recule. La cyberguerre est une arme chérie des faibles, car elle ne coûte pas cher. En effet, ses sources de financement se tarissent les unes après les autres, en particulier le pétrole: les terroristes auront bientôt perdus tous les champs pétrolifères qu’ils exploitaient; les salaires des djihadistes ont été réduits de moitié, et ils doivent acheter eux-mêmes leurs armes et leurs munitions. Vont-ils devoir vendre leurs esclaves ? Et ce prétendu Etat est évidemment incapable de mettre en place une quelconque administration dans les territoires qu’il occupe. Pas bon pour le recrutement, tout ça !
L’attaque contre France 5 n’est peut-être pas l’exploit que l’on dit. Qui sait si cette chaîne n’était pas protégée trop légèrement, comme la plupart des médias d’ailleurs? Et que l’on aille pas imaginer, comme au cinéma, des hackers barbus de génie au fin fond d’une grotte des zones tribales d’Irak ou de Syrie: les auteurs de l’attaque sont probablement en France, et ils ont même peut-être bénéficié de complicités internes à la chaîne de télévision. Oui, il faut penser à ce genre d’hypothèse, car il y a beaucoup de sympathisants au fascisme islamique en France.
Les terroristes comptaient sur l’aspect inédit de leur attaque pour faire parler d’eux. Et comme ils connaissent parfaitement les ressorts pavloviens des médias et des journalistes, ils ont réussi: ceux-ci ont réagi au quart de tour, emballés, et ne sont pas loin de les féliciter ! Ce faisant, ils jouent à fond les idiots utiles de l’EI et lui servent la soupe, sous le nez de jeunes incultes qui trouvent ça cool. C’est parfaitement indécent.
L
es médias feraient bien mieux de s’intéresser aux crimes contre l’humanité dont l’Etat islamique se rend chaque jour coupable; ils pourraient par exemple mentionner, au minimum, le massacre de 1500 recrues à Tikrit, dont on vient de retrouver les fosses communes – un Katyn du monde arabe; ils pourraient aussi décrire l’horreur absolue vécue par les Palestiniens du camp de Yarmouk, près de Damas: des témoins (CNN notamment) y ont vu des djihadistes – peut-être nos jeunes Européens ! – jouer au football avec la tête de personnes décapitées.
Cessons donc de nous laisser manipuler par des médias si faciles à manipuler.

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01/03/2015

Doris Leuthard, la ministre qui sacrifie notre environnement

La lecture de Pro Natura Magazine est une divine suprise: enfin, l’organisation de protection de l’environnement montre les dents, et désigne du doigt la responsable de l’incurie de l’État en la matière: Doris Leuthard, ministre sous influence.

Longtemps l’organisation, qui affiche près de 120’000 membres, s’est employée à une œuvre – évidemment indispensable – d’information et de pédagogie, parallèlement à la gestion de centaines de réserves naturelles. Mais sur le plan politique, elle était plutôt sur une ligne de profil bas, privilégiant la négociation, la persuasion et le consensus. Cette ligne, malheureusement, n’a pas produit les effets escomptés; trop souvent, Pro Natura et les autres associations de protection de la nature se sont «fait avoir» par les milieux politiques, qui ont beaucoup promis par gain de paix, mais n’ont rien tenu de leurs promesses.
Visiblement, les dirigeants de l’organisation en ont eu assez d’être de sympathiques pigeons. Ce qui les amène, aujourd’hui, à appeler un chat un chat et surtout, à prendre position sur le plan politique. On s’en réjouit, car leurs analyses sont remarquablement pertinentes, comme le montrent les différents articles du magazine de février (à télécharger ICI). Petit inventaire non-exhaustif.

L’agriculture. L’Union suisse des paysans voudrait augmenter encore la productivité d’une agriculture déjà très efficiente – du moins sur le plan quantitatif. Le Conseil fédéral ne veut pas autre chose, qui subventionne massivement les achats d’engrais chimiques et de pesticides. Une politique catastrophique à long terme, puisque les tonnes de produits chimiques déversés sur le sol des campagnes et des surfaces viticoles détruisent ce même sol, tout en suscitant des résistances. Aux Etats-Unis, l’usage intensif du glyphosate, toxique pour les abeilles – notamment le fameux Roudup adoré de nos vignerons et des actionnaires de Monsanto – a provoqué le doublement du nombre d’espèces végétales résistantes à ce produit, en seulement vingt ans. Et aujourd’hui, en Suisse, les régions agricoles sont bien moins favorables aux abeilles que les milieux urbains. Logique: monocultures intensives, fauches avant floraison et pesticides ont fait disparaître les fleurs et les abeilles de nos campagnes.
Victoire donc du lobby de l’agriculture industrielle.
Hélicoptères. Depuis des années, les organisations de protection de l’environnement se battent pour interdire la dépose par hélicoptère sur les sommets – actuellement, 42 sont concernés. Après 14 ans de travaux (!) l’Office fédéral de l’aviation civile n’a pas réussi à terminer l’examen de ces places d’atterrissage; en conséquence de quoi le Conseil fédéral a décidé de procéder par ordonnance – procédé vaguement dictatorial, car il n’y a aucune recours démocratique contre ce genre de fait du prince. C’est ainsi que 40 places resteront autorisées.
Victoire du lobby aéronautique et, ajoutera-t-on, du lobby valaisan, dont l’importance est capitale au département de Mme Leuthard, on va le voir.
Résidences secondaires. Le Conseil fédéral et le parlement s’emploient à vider la votation populaire de sa substance – procédé de plus en plus habituel à Berne, voyez la votation du 9 février 2014 sur l’immigration de masse. Lessivée par les députés, la loi d’application de la Lex Weber est une véritable passoire, qui ne changera pratiquement rien à la situation antérieure. Pro Natura promet un référendum – tant mieux.
Mais jusqu’ici, victoire du lobby des promoteurs et des affairistes.
Statut du loup. La protection du loup se réduit comme peau de chagrin. Les anti-loup déclenchent d’intenses campagnes émotionnelles dès qu’un mouton est tué, et lancent de fausses informations sur le comportement des loups et des meutes, histoire d’affoler les populations. Cédant aux pressions, Mme Leuthard use une fois de plus de l’arme de l’ordonnance, et autorise la mise à mort d’une partie des louveteaux. Cela, en attendant la révision de la loi sur la chasse, qui donnera sans doute aux cantons alpins carte blanche pour exterminer le loup. Au reste, il semble que le président du PDC, le chasseur Christophe Darbellay, se soit porté volontaire pour tirer des loups !
Victoire ici du lobby valaisan-chasseurs-PDC.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment politiques. Mme Leuthard, conseillère fédérale PDC, apparaît de plus en plus comme une marionnette dont les élus PDC influents, à Berne et en Valais, tirent les ficelles. Selon l’analyse de Pro Natura, le tournant énergétique est sa grande priorité; comme cela n’ira pas tout seul, elle a besoin de tout le ban et l’arrière ban de son parti pour passer en force; et donc, elle procède à «une cynique pesée d’intérêts politiques», cédant sur tous les grands enjeux environnementaux pour obtenir le soutien des caciques du PDC, du président du parti au président de l’USP, en passant par les députés valaisans – opposés à la protection des troupeaux ! – et les motionnaires anti-loup du Conseil des Etats, tous PDC.
Il est désolant de voir une ministre s’écraser chaque fois qu’un lobby, qu’un Darbellay ou un quelconque Fournier élève le ton. Cette veulerie intéressée assurera sans doute sa réélection au Conseil fédéral, mais quelle déception pour les Suisses qui croyaient en elle ! Et surtout, quelle dramatique revers pour notre environnement, et pour une biodiversité en chute libre.

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23/02/2015

Comment vous chaufferez-vous l’hiver prochain ?

Les vert’libéraux ne laissent pas de nous étonner – et pas en bien. Entre le mariage pour tous et la taxe sur l’énergie, on voit une formation politique qui part dans tous les sens, comme une caricature de parti politique ordinaire.

N’insistons pas sur le mariage pour tous: c’est une posture démagogique en vue des élections fédérales, un gadget pour faire jeune et moderne. Le peuple dira non, et c’est très bien comme ça (les électeurs ne sont pas les sondés, faut-il le rappeler). L’ennui, c’est que jusque là il nous faudra subir de filandreux débats, et une propagande lourdingue: après nous avoir bassiné des mois durant avec l’islam, devenu une véritable obsession car nos médias se sentent coupables – un comble ! – ceux-ci vont pérorer pendant des mois sur l’homosexualité. Sujet très tendance certes: comment un artiste peut-il ne pas être homosexuel de nos jours, s’il veut réussir ? Ensuite, il faudra aussi subir les récriminations des bi-, des trans- et j’en oublie, dont les droits sont bien entendu odieusement bafoués.
Mais pour l’heure, intéressons-nous à la taxe sur l’énergie, que les vert’libéraux voudraient voir instituer, à la place de la TVA. Soyons clair: bien sûr qu’il faut sortir du nucléaire le plus vite possible ! Personne n’a envie de voir le Plateau suisse devenir un no man’s land façon Fukushima pendant 30 ans ou mille ans suite à un accident – bien entendu impossible, disent les experts – ou suite à un attentat, ou à un piratage informatique, éventualités beaucoup moins impossibles, n’est-ce pas ?
Bien sûr aussi, qu’il faut réduire notre dépendance aux combustibles fossiles mais, avec la solution des vert’libéraux, cette réduction sera le résultat de la ruine d’un grand nombre d’entreprises, et surtout des ménages. Tuer le malade n’est clairement pas la bonne manière de soigner son addiction.
Comme toujours, en Suisse, on ne s’intéresse qu’au devenir des entreprises et de l’industrie, grâce au poids écrasant des lobbies de l’économie, qui ont placé un des leurs au Conseil fédéral – et Dieu sait s’il les défend bien ! Mais qui défend le simple citoyen, le populo, quoi ? Personne ! Même le Forum des consommateurs soutient l’initiative, ce qui vaut son pesant d’huile de chauffage.
Car c’est là que l’initiative se saborde elle-même. On nous dit tranquillement que le litre de mazout que vous mettez dans votre citerne passera de 80 centimes à plus de quatre francs – augmentation qui croîtra inexorablement par la suite. Pour la présidente du Forum des consommateurs, Babette Sigg Frank, cela vous permettra de «mieux exercer vos responsabilités en matière écologique.» Mais comment donc ! Nous vivrons à 8°C plutôt qu’à 19°C, où est le problème ?
Peut-être bien que Mme Sigg Frank a la chance de vivre dans une maison hyper-minergie qui n’a besoin d’aucun système de chauffage; mais le 99,9% des Suisses, qu’ils soient propriétaires ou locataires, ont besoin de se chauffer, soit avec des combustibles fossiles, soit avec du bois, soit avec de l’électricité, et pour quelques années encore. Dès lors, il est évident que la plupart des personnes qui possèdent leur logement ne pourront tout simplement pas supporter la multiplication par quatre de leur facture de chauffage; quant aux habitats collectifs, qui, croyez-vous, va payer la facture ? Le propriétaire de l’immeuble, par grandeur d’âme ? Évidemment non ! Ce seront les locataires, qui accepteront sans doute sans broncher la multiplication par quatre des suppléments de chauffage.
Or ce n’est évidemment pas la suppression de la TVA qui va compenser ce désastre: 8% de moins pour compenser 400% d’augmentation, le compte n’y est pas. Le problème est le même pour les coûts liés aux déplacements: si les cars postaux, les bus urbains, les cars scolaires et les transporteurs professionnels paient leur carburant 4.50 fr. le litre, les coûts à la charge du consommateur et des collectivités publiques vont exploser, et beaucoup d’entreprises feront faillite. Les vert’libéraux nous diront qu’au moins, un chômeur n’a plus besoin de transports, assumant ainsi sa responsabilité écologique…
Encore une fois, il est regrettable que dans la campagne, on ne parle que des ressources de la fiscalité de la Confédération, et des difficultés prévisibles des entreprises, mais pas du désastre social que cette initiative entraînerait pour l’ensemble de la population – et pas seulement les bas revenus, comme le dit étourdiment le Conseil fédéral: même avec de bons revenus, 400% d’augmentation, c’est insupportable.
On ne sait quelle mouche a piqué les vert’libéraux de lancer cette initiative biscornue, qui de plus est gravement contre-productive: la transition énergétique est un défi extrêmement difficile, compliqué à faire passer dans la population, et combattu par toutes sortes de lobbies. Mais c’est un défi incontournable; dès lors, il est regrettable qu’une initiative électoraliste vienne torpiller une politique qui ne peut réussir que sur la durée, et avec un taux raisonnable d’adhésion populaire.

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28/01/2015

Affaire Chiffelle : le Grand Conseil touche le fond

Malade, Pierre Chiffelle a quitté le Conseil d’Etat en 2007. Mais au lieu d’avoir le bon goût de mourir ou de disparaître, voilà qu’il travaille, tout en touchant sa rente! Insupportable pour la droite radicale, qui a réussi à entraîner le parlement vaudois dans une campagne particulièrement minable.
Pierre Chiffelle a quitté le gouvernement vaudois en 2007, à la suite de problèmes de santé. Conformément à la loi, et comme tout autre ancien conseiller d’Etat, il perçoit une pension de l’Etat de Vaud.
Mais voilà: pour certains petits esprits, Pierre Chiffelle aurait dû avoir le bon goût de mourir d’un arrêt cardiaque, ou au moins devenir grabataire, ou siéger gratuitement au conseil de quelque institution publique, ou faire du bénévolat. Alors, il aurait mérité sa pension. Mais non, il ne fait aucun effort : Pierre Chiffelle travaille – rendez-vous compte ! Il travaille, alors qu’il n’en aurait pas besoin.
L’homme est un excellent avocat, acharné, successful, diraient les Américains, et c’est là que, pour la droite mesquine vaudoise, ça coince. Pierre Chiffelle défend Helvetia Nostra, la fondation de Franz Weber qui a gagné la bataille des résidences de secondaires. Et il le fait sans concessions, ne laisse rien passer dans un dossier où, aujourd’hui, tous les combinards et les faux-culs du pays – jusqu’au parlement fédéral – se liguent pour trahir la volonté populaire.
Alors, il faut abattre cet empêcheur de bétonner en rond, il y a trop d’intérêts particuliers en jeu. Voilà pourquoi, un jour, Monsieur le député vaudois Gregory Devaud, PLR, émet des doutes sur la maladie de Pierre Chiffelle, au vu de l’énergie qu’il déploie pour faire de la peine aux gentils promoteurs de nos Alpes déjà bien amochées, et exige un certificat médical.
Ah ! La grande politique que voilà ! Ah ! la grandeur que le Grand Conseil vaudois ajoute à sa couronne, en suivant benoîtement l’imprécateur mesquin ! Car il est bien évident que si Pierre Chiffelle avait été l’avocat de Bernard Nicod ou de quelque coterie radicale, il n’y aurait rien eu à redire. Mais Chiffelle défend Franz Weber et, à travers lui, la volonté populaire. Et ça, c’est insupportable !
Le Grand Conseil vaudois s’est donc abaissé – oui, abaissé – à exiger d’un de ses anciens magistrats qu’il prouve qu’il est malade, et donc qu’il mérite sa rente. Alors même qu’un certificat médical a été fourni l’année passée, et que nul ne peut exiger – sinon une caisse-maladie, ou le Service des autos… – une visite médicale d’un citoyen.
Cette démarche misérable est d’autant plus grotesque que de toute façon, M. Chiffelle n’a aucune obligation de donner suite à l’injonction du parlement; et qu’en plus, sa pension résultant d’une loi, il est impossible de la supprimer. Sauf à changer la loi, pour une seule personne, comme font les rois-nègres qui veulent rester au pouvoir.
Le fait de n’être pas socialiste nous met à l’abri de tout soupçon de copinage envers Pierre Chiffelle. Nous aurions écrit la même chose si quelque député avait remis en cause la rente d’un magistrat, quel qu’il soit, dès lors que celle-ci est conforme à la loi.
En suivant M. Devaud, le Grand Conseil s’est déconsidéré et pire, ridiculisé, puisque sa démarche est vaine. La seule réponse digne eût été de balayer cette proposition. Hélas ! La mesquinerie et la haine nous ramènent à l’état de brutes, et nous font oublier de regarder un peu plus haut.

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19/01/2015

Un milliard quatre cents millions d’ennemis

Avec l’affaire Charlie Hebdo, François Hollande a gagné vingt points de popularité. La France, elle, a gagné un milliard quatre cents millions d’ennemis. Bravo…

Les médias français découvrent avec un certain effarement l’ampleur de la vague de fureur déclenchée dans le monde musulman par la caricature de Mahomet à la une des 7 millions d’exemplaires  de Charlie Hebdo. Ils se rassurent en se disant que certaines de ces manifestations ne sont pas spontanées, comme en Tchétchénie. Mais qu’est-ce que cela change ? Et surtout, cela dispense-t-il la société française de mener une réflexion a posteriori sur l’attitude de ses dirigeants dans cette affaire ?
En particulier, le confort des rédacteurs de Charlie Hebdo justifiait-il que des Chrétiens soient massacrés au Niger, et que des dizaines d’églises partent en fumée ? Justifiait-il que, tout autour de la planète, on brûle des drapeaux français ? Justifiait-il que, à Gaza et dans plusieurs pays, les résidents français doivent rester cloîtrés chez eux, sous peine de se faire égorger ?
La grande faute des dirigeants français, et du président en particulier, est d’avoir pris fait et cause pour un journal satirique devenu au fil des jours un emblème de la France – ce qui est un comble pour une publication foncièrement opposée à tout pouvoir. Défendre la liberté d’expression est une chose nécessaire, mais l’incarner dans une seule publication qui fait de la provocation gratuite son fonds de commerce, était d’une absolue maladresse.
Le Pape François a raison: «Celui qui insulte ma mère reçoit mon poing sur le nez». Par là, il signifie que l’on ne peut pas impunément insulter plus d’un milliard d’individus sans en assumer les conséquences. On peut trouver cette susceptibilité excessive ou absurde, mais cela n’autorise personne à insulter les convictions de qui que ce soit. Si on demande le respect des idées de Charlie Hebdo, on doit réciproquement exiger le respect des convictions de chacun.
Il faut remettre les choses à leur place. En alignant les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo n’avait qu’un seul but – passez-moi l’expression: «Faire ch… les musulmans». Rien de plus, rien de moins. Triste combat, infantile ambition, il faut bien le dire. Pendant des années, ils ont réservé le même sort aux catholiques, mais comme ces provocations ont fini par tomber à plat, ils se sont retournés vers une partie de la population plus sensible au blasphème.
On peut se demander quelle est la motivation profonde de ceux qui tiennent à pouvoir blasphémer à tout prix – vieux combat un peu rance de post-soixante-huitards. Une exploration psychanalytique nous en apprendrait beaucoup sans doute… D’ailleurs, il n’y a que les athées intégristes et les dévots de la laïcité pour revendiquer ce droit. La France ne va-t-elle pas jusqu’à envisager une loi pour garantir le droit au blasphème ? Ainsi, comme il existe un droit à l’éducation et un droit à la santé, il existerait un droit au blasphème, soudain devenu une nécessité vitale à l’individu? Et sans quoi la liberté d’expression disparaîtrait ?
La France est en plein délire post-traumatique. Au lieu de s’acharner à défendre une cause peu défendable et à jeter de l’huile sur le feu, ses dirigeants feraient infiniment mieux de prendre la mesure de l’hostilité, profonde et durable, que la France a fait naître contre elle dans le monde, hostilité qui aura inévitablement des conséquences à la fois sur le territoire national, et pour les Français installés à l’étranger, et pour ses activités économiques dans le monde.
Parallèlement, elle doit veiller à recoudre la fracture béante qui traverse le pays, et dont on s’avise enfin, à l’occasion des assassinats abjects qui ont eu lieu. Cette fracture est particulièrement visible, et douloureuse, dans les écoles: lorsqu’une enseignante demande à ses élèves qui est français, moins de la moitié lèvent la main ! Lorsqu’on leur a demandé une minute de silence, beaucoup ont refusé, d’autres ont entonné l’hymne algérien.
La société française se réveille coupée en deux, ce qu’elle pressentait bien sûr, mais occultait soigneusement. Aujourd’hui, l’évidence est là, implacable, et surtout, probablement insoluble.

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07/01/2015

Oser affronter le problème de l’islamisation de l’Occident – avant l’incendie

Les médias ont fortement relayé les manifestations anti-PEGIDA en Allemagne, soutenues par des intellectuels et des institutions comme les Églises. Comment comprendre cette réaction ? Ces gens sont-ils donc en faveur de l’islamisation de l’Europe ?
Il n’est pas absurde de la penser, puisque les PEGIDA s’élèvent, eux, contre l’islamisation de l’Occident. On comprend certes que les musulmans turcs qui s’affichent en tête des contre-manifestations soient favorables à la montée de l’islam en Europe, c’est presque dans l’ordre des choses ! Mais les intellectuels allemands ? Mais les Églises ? Les pasteurs progressistes vont-ils se convertir ?
PEGIDA (“Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident”) apparaît comme un de ces mouvements spontanés nés d’une colère populaire, qui prennent forme de manière rapide et importante en dehors du système politique et médiatique traditionnel. De tels mouvements sont nés récemment en Espagne, en Grèce, en Italie. Profitant de l’outil efficace des réseaux sociaux, ils percolent à travers toutes les couches de la société, selon des circuits inédits, arborescents et imprévisibles.
Quel que soit leur sujet de préoccupation, quelle que soit leur orientation idéologique s’il y en a une, ils ont pour caractéristique de se méfier profondément des médias et de la classe politique. C’est un peu la réponse du berger à la bergère: pourquoi feraient-ils confiance à une classe politique qui reste délibérément sourde à leurs inquiétudes, et qui balaie les vrais problèmes sous le tapis ? Et pourquoi se confieraient-ils à des médias qui les diabolisent systématiquement ? Écoutez sur votre radio un journaliste qui parle de PEGIDA, ou du Front national, ou de Christoph Blocher, ou d’Eric Zemmour, ou du dernier Houellbecq: il aura l’obligation de commencer par une phrase de dédouanement, celle qu’on exige de lui sur ces thèmes brûlants: «Je n’aime pas les idées de l’UDC, cependant… Je vomis le Front national, bien entendu, mais… Je déteste Eric Zemmour, toutefois… ».
Une autre tactique de dédouanement consiste à ricaner sur l’inadéquation entre le nombre d’immigrés dans une région donnée, et l’intensité des manifestations, comme en Saxe. Or, on peut vivre dans une région où il y a peu d’immigrés, et regarder plus loin que le bout de son nez, pour se préoccuper du problème d’ensemble que pose l’islamisation progressive de l’Europe, puisque c’est à cette échelle que se pose la question.
Ce problème est d’une évidence si aveuglante que le monde politique ne pourra plus longtemps l’occulter, sauf à se suicider politiquement. La France nous offre un laboratoire à l’échelle 1:1 dans ce domaine. Il s’impose même aux pays du Nord de l’Europe, prétendus paradis sociaux dont on découvre, dans les entrefilets de la presse, que l’implantation de l’islam se passe mal aussi mal qu’ailleurs.
Le constat est clair. En Europe, une partie importante de la population ne veut pas que l’islam, son mode de vie, ses mœurs, et le statut d’infériorité qu’il impose aux femmes, prennent une place croissante, et demain prépondérante, dans leurs pays respectifs. C’est une réalité dont il doit absolument être tenu compte. Sinon ? Sinon, on verra de plus en plus apparaître des mouvements incontrôlables, des mouvements de plus en plus violents et, disons-le, de plus en plus racistes, qui seront tôt ou tard récupérés par un habile démagogue – pas besoin de redérouler le film de l’Histoire, n’est-ce pas ? Autrement dit, plus les politiciens et les leaders d’opinion refuseront d’empoigner ces problèmes cardinaux que sont l’immigration musulmane venue d’Afrique et du Moyen-Orient, et l’implantation de l’islam dans la société européenne, et plus nous risquerons collectivement un dérapage hors du système démocratique, ce qui conduit inévitablement à la tyrannie et la guerre.
Les guerres arrivent toujours parce que les dirigeants n’ont pas voulu voir la réalité en face, ni écouter la colère du peuple. L’Europe est. aujourd’hui, à la croisée des chemins. Et il n’est pas sûr qu’elle dispose, aujourd’hui et demain, des esprits courageux, visionnaires et déterminés qu’il faudrait. Les vrais incendiaires, les vrais fauteurs de guerre, ce ne sont pas les PEGIDA et autres mouvements spontanés, ce sont les politiciens lénifiants, autrement dit les politiciens au pouvoir actuellement partout, y compris en Suisse, qui par leur aveuglement et leur inaction suscitent l’incendie.

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12/11/2014

Ecopop: gare aux conséquences d’un non !

Un non à Ecopop aurait des conséquences délétères sur l’emploi, les salaires et les ressources naturelles. Car ce n’est pas le peuple suisse qui tirerait les marrons du feu.

Surprise ! Dans 24 Heures, on a pu lire un article favorable à Ecopop, sous la signature de l’ancien député vert Pierre Santschi. Oh ! certes, il était bien encadré par une charge musclée de Mme de Quattro, et un gros bandeau publicitaire signé du conseiller national UDC Jean-Pierre Grin. Un bandeau qui vaut son pesant de cacahouètes lorsqu’on voit notre député vanter les mérites d’une… indispensable immigration ! Pas n’importe laquelle certes, mais de préférence des ouvriers agricoles payés au lance-pierre. Il faudrait tout de même que l’UDC choisisse son camp. Enfin, surtout les chefs, parce que la base, elle, a déjà dit oui à Ecopop.
M. Santschi dit une chose très juste, qui sonne comme un avertissement: «Soyons lucides: en cas de rejet de l’initiative, rien, mais vraiment rien, et absolument rien, au vu de la propagande anti-Ecopop des institutions économiques, ne changera dans les pratiques destructrices de ces dernières. Pire, un non à Ecopop leur donnera un argument de plus pour combattre les propositions politiques en cours pour une économie responsable (…).»
C’est hélas une évidence: un non à Ecopop sera interprété comme l’adhésion enthousiaste de la population à une croissance sans fin, à une Suisse à 15 ou 20 millions d’habitants. Dès lors, la machine à détruire, à surconsommer et à bétonner repartira à plein régime, et nous n’aurons plus que les yeux pour pleurer – enfin, ceux qui ne veulent pas que la Suisse devienne le Shanghai de l’Europe. C’est qu’il y aurait de l’argent à se faire! Mais on peut tourner les chiffres comme on veut: lorsqu’autour d’un gâteau il y a quatre, puis huit, puis seize convives, tout le monde ne mangera pas à sa faim.

Au-delà de 45 ans, votre ticket n’est plus valable

Les jeunes en formation et les jeunes adultes feraient bien de réfléchir aussi, malgré une propagande tonitruante pour les détourner de leurs propres intérêts: on a appris cette semaine que, sur le marché du travail en Suisse, on ne trouve plus d’emploi au-delà de 45 ans, en raison de la concurrence étrangère, moins chère et moins exigeante. Sans parler du dumping salarial dans la sous-traitance, et des emplois au black, scandales sur lesquels on ferme complaisamment les yeux – il faut bien que l’économie tourne, voyez-vous !
45 ans. Cela signifie qu’à l’issue d’une formation poussée, un diplômé de 30 ans aura 15 ans d’espérance de vie professionnelle devant lui, s’il n’a pas la chance de tomber dans une entreprise respectueuse de ses employés, ou dans l’administration. Autrement dit, même pas de quoi constituer une bonne prévoyance, ni de quoi acheter une maison pour sa famille.
Nous avons voulu la libre-circulation, et nos jeunes, demain, vont payer la facture, en concurrence avec une marée de jeunes chômeurs français, espagnols, italiens prêts à tout pour avoir leur part du gâteau. Les vieux de plus de 45 ans, eux, se débrouilleront entre petits boulots, chômage, AI et aide sociale – de quoi ramper jusqu’à la retraite, qui forcément sera mince.
Pierre Santschi a donc raison de dénoncer le cynisme des milieux économiques, qui voient dans un échec d’Ecopop de nouvelles perspectives de profit, de pressions sur les salaires («j’en ai douze derrière la porte qui attendent»), et de ce qu’on pourrait appeler la non-préférence nationale, déjà systématiquement pratiquée – même par les pouvoirs publics, en tout cas au niveau de la culture: un directeur d’institution culturelle, dans le canton de Vaud et à Lausanne, ne saurait être que français. Provincialisme, quand tu nous tiens !
«Notre économie, notre prospérité… », scandent les politiques. Ils ne réalisent pas que ce possessif n’est plus partagé par les Suisses, dont beaucoup ne voient que les miettes de cette prospérité. Mais peut-être nos politiciens pensent-ils, in petto, à leur propre prospérité, plutôt qu’à celle de la collectivité…

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10/11/2014

Eric Zemmour, lanceur d’alerte

Les Français se sont jetés sur l’essai d’Eric Zemmour, «Le Suicide français»1, qui connaît un succès de librairie inouï. On les comprend: hébétés, ils aimeraient savoir comment leur pays en est arrivé là.
Car tout est allé si vite ! Bercés de fadaises sur «la France qui gagne», lorsqu’un succès est mis en épingle pour masquer dix catastrophes, ils constatent aujourd’hui l’ampleur du désastre et surtout, l’absence d’espoir et de perspectives – c’est bien là le pire.
Que voyons-nous, de notre petit observatoire derrière le Jura ? Nous voyons une ancienne grande nation, qui rejette jusqu’au mot de «nation»; ce n’est plus qu’un banal pays dans le patchwork européen, dirigé beaucoup de Bruxelles et un peu de Paris, par un gouvernement sans cap, sans chef et sans crédibilité, et qui accepte benoîtement que les frontières appartiennent au passé, alors qu’elles sont ce qui permet à une nation d’exister. C’est un pays endetté jusqu’au cou, et qui continue à s’endetter pour assurer son ménage courant; et c’est surtout un pays qui, depuis la funeste révolution de Mai 68, s’est abîmé dans une inexorable haine de soi.

 

La tyrannie des «communautés»

 

Un pays qui a honte de ses valeurs, de son origine judéo-chrétienne, de son histoire – une grande nation n’a pas honte de son histoire, fût-elle guerrière – et n’en finit pas de s’en excuser devant d’innombrables communautés qui ont compris le profit qu’elles pouvaient tirer de cette course à l’auto-flagellation.
«Chaque communauté, écrit Zemmour, exigeait sa loi mémorielle et sa journée commémorative, son crime contre l’humanité, son génocide. Chaque «communauté» réclamait à l’État français qu’il payât la dette contractée à son égard. La France n’était plus cette madone adorée dont on célébrait les hauts faits, mais une marâtre détestée qui avait accumulé crimes et injustices dont de sourcillieux créanciers tenaient une comptabilité vétilleuse et vindicative. On abandonnait le temps des «morts pour la France» pour entrer dans le temps hargneux des «morts à cause de la France.»
Sur les revendications arrogantes des sans-papiers, Zemmour a des pages qui envoient le politiquement correct de rigueur cul par-dessus tête: «Le «sans-papiers» n’était pas seulement le Juif idéal. Il était aussi le retour de la figure christique, pauvre étranger persécuté, venu sauver malgré lui une société française qui, décadente et corrompue, avait beaucoup pêché. (…) Le sans-papiers était l’ancien colonisé à qui on devait éternelle réparation, qui ne manquait jamais de nous rappeler notre crime originel pour relativiser et excuser son délit anodin; qui excipait de notre invasion passée de son territoire pour absoudre et occulter son invasion présente de notre territoire. Le sans-papiers est la quintessence, l’ultime et dérisoire avatar de toutes nos utopies millénaires, de nos rêves, de nos mythes, de nos illusions, de nos culpabilités ressassées, de nos honte et haine de soi.»
La haine de soi, précisément: Zemmour a des pages terribles sur le désastre des cités, où les jeunes – Français pourtant selon leur passeport – cultivent la haine du pays, refusent son école et son histoire, méprisent les libertés et les valeurs républicaines autant que la démocratie, pour s’en remettre à une seule patrie, indiscutable et intolérante: l’islam.
Et pourtant ! Comme les intellectuels français  l’avaient voulue et espérée, cette révolution de l’islam ! «Mais elle se révéla un mouvement viril, brutal, impérieux aux antipodes de leurs discours émollients. Implacable. L’Histoire repassait les plats. La prise de la Bastille conduisait à Robespierre, comme la prise du palais d’Hiver à Staline. Ce n’était pas la première fois que certains de nos intellectuels se comportaient en femelles fascinées par la force brutale et virile: dans les années 1930, on se souvient dans quelles transes les voyages initiatiques à Moscou, Rome ou Berlin mirent les Gide, Romain Rolland, Drieu la Rochelle, etc.»

 

La mondialisation qui pourrit tout

 

Mais pour Eric Zemmour, l’origine du suicide français est à rechercher non seulement dans la haine de soi, ou plus précisément la haine de la France telle qu’elle était au temps de de Gaulle et Pompidou – haine qui se partage aussi bien dans les cités, qu’à la tête de l’État et dans l’élite intellectuelle et artistique; elle est à chercher aussi dans la mondialisation libérale, qui a soigneusement détruit les nationalités, ruiné l’agriculture et le petit commerce, rempli les centres commerciaux et vidé les églises, et plongé l’économie française dans un marché concurrentiel où elle n’avait aucune chance.
Eric Zemmour avertit: «L’Etat n’est plus qu’une coquille vide qui n’a conservé que ses pires travers gaulliens (l’arrogance des élites), sans en avoir la remarquable efficacité. (…) Nous cédons devant l’ennemi intérieur que nous laisson prospérer, et nous pactisons avec les puissances étrangères qui les alimentent de leurs subsides et de leur propagande religieuse – les princes arabes du Golfe ont remplacé le duc de Buckingham, et nous les recevons les bras ouverts et le regard brillant, comme des Anne d’Autriche énamourées. L’idéologie de la mondialisation, antiraciste et multiculturaliste, sera au XXIe siècle ce que le nationalisme fut au XIXe siècle et le totalitarisme au XXe siècle, un progressisme messianique fauteur de guerres; on aura transféré la guerre entre nations à la guerre à l’intérieur des nations.»
La force du livre de Zemmour est non seulement dans l’enchaînement, chapitre par chapitre, des événements significatifs qui ont conduit à la situation actuelle, mais aussi dans un ton froid, descriptif, sans émotion ni invective aucune, qui rend le bilan d’autant plus accablant. D’autant que l’auteur s’exprime à l’imparfait, dont on rappelle qu’il est le temps chéri des auteurs de thrillers apocalyptiques… Comme s’il nous écrivait d’un lointain point de vue, dans le futur, quand tout sera consommé.
Cette évolution est-elle réversible ? La gouvernance mondiale et l’UE le permettraient-elles ? Si le peuple commence à gronder, les élites persistent à penser qu’elles détiennent la vérité. En tout état de cause, ce n’est pas le beauf qui occupe l’Elysée, avec son petit scooter, son cornet de frites, ses mensonges et sa réthorique d’écolier – «la croissance, elle arrive ! » – qui redonnera à la France le sens de sa grandeur, et un statut digne de son long passé. Dans ce climat délétère, il est de moins en moins exclu que Marine Le Pen emporte le morceau en 2017 – même le Premier Ministre s’en avise. Son ascension fulgurante, pour le meilleur et pour le pire, est en tout cas un signe qu’une nouvelle révolution est en marche. Une sorte de contre-Mai 68, qui promet lui aussi d’être haut en couleurs…

 

1. Le Suicide français. D’Eric Zemmour. Albin Michel, 2014.

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