17.01.2012
Les Réformés doivent relever la tête
Dans un monde en perte de repères, les Réformés ont quelque chose à dire. Encore faut-il qu’ils retrouvent la fierté de s’affirmer, et de ne pas céder sur l’essentiel: tout n’est pas égal à tout. Tel est le message des pasteurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans un formidable livre de combat*.
Savez-vous ce qu’est l’acédie ? Cette disposition se caractérise par la paresse spirituelle, le renoncement à un minimum d’ascèse, le refus de l’effort inscrit dans la durée, le consentement irréfléchi à l’activisme, l’éternel désir d’un ailleurs. L’acédie, c’est un mal qui ronge clairement l’Eglise réformée.
Comme celle-ci serait utile, pourtant, en ces temps d’acédie généralisée, pour apporter aux femmes et aux hommes de ce temps les réponses spirituelles qui leur font tant défaut – à leur insu souvent, d’ailleurs !
Le constat posé par les pasteurs et professeurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans leur livre est impitoyable. Impitoyable, mais hélas juste. Voici quelques jalons posés par les deux auteurs.
L’Eglise réformée se demande désespérément pourquoi son message paraît de plus en plus récusé, pourquoi elle peine à ce point à séduire et à rassembler, pourquoi tant de fidèles ont déserté. Mais elle cherche les réponses ailleurs que là où il le faudrait, de peur peut-être de devoir se poser les vraies questions; bref, elle tourne autour du pot, et cherche des solutions auprès de spécialistes de la gestion RH ou de la communication, de juristes, de sondeurs d’opinion. Et les auteurs d’ironiser: «Puisqu’une église est un fournisseur de prestations, que peut-on faire pour améliorer le produit et, si l’on ose dire, sa «commercialisation»? Cette approche ne peut apporter aucune solution durable et sera, quoi que l’on pense, vouée à l’échec tant que l’on ne prendra pas la peine de s’interroger spirituellement.»
Le déni et le deuil
Pour Fuchs et Glardon, nos Eglises souffrent non seulement d’acédie, mais encore de déni et de deuil. Qu’entendent-ils par là? Le déni, c’est le refus de se confronter à une réalité pénible: «Nous pensons que (…) nos Eglises sont dans le déni lorsqu’elles refusent de prendre acte de la pauvreté, voire de l’insuffisance, d’un certain nombre de leurs prestations, dans les domaines prédicatifs, catéchétiques, formatifs, liturgiques, etc…»
C’est que les communautés et les pasteurs se dispersent et s’égarent dans des «activités» innombrables, jonglent avec l’agenda, délaissent la prière pour les plannings et les rapports… Surchargés et dépassés par la tâche, ils n’ont plus le temps de se nourrir spirituellement, de se remettre en question et d’évoluer.
Le deuil dont parlent les auteurs, et auquel sont confrontés les Protestants, c’est celui d’un passé réformé structuré, dont l’influence s’est aujourd’hui effondrée; c’est aussi le deuil d’une certaine crédibilité, qui débouche parfois sur une mésestime de soi; c’est enfin la perte d’une vie communautaire engageante, face à un avenir incertain.
A quoi sert une théologie post-libérale et agnostique ?
Les pasteurs Fuchs et Glardon sont particulièrement sévères à l’égard de la décision du professeur Pierre Gisel de couper la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne de ses racines chrétiennes – en quoi on est libre de voir une authentique trahison des clercs. En effet, depuis 2010, elle «n’est plus une Faculté organisée en fonction du christianisme». C’est une énormité, mais qui ne suscita guère de réactions dans la société vaudoise et au ministère des cultes – un accès d’acédie, sans doute… Analysant la démarche du doyen Gisel, le pasteur Shafique Keshafjee (cité par les auteurs), remarquait que la théologie de Gisel, «à la suite de Platon, est devenue philosophique et ne se veut plus chrétienne.» Or, une telle démarche ne peut que générer une perte d’identité, analysait-il: Si une théologie post-libérale et agnostique devait «sans autre être reproduite dans une Eglise (…), la perte de l’identité chrétienne de cette Eglise n’en serait qu’accélérée.»
Une des conséquences de la «déchristianisation» de la Faculté de théologie est une formation insuffisante des pasteurs, dont les diplômes pourraient n’être plus reconnus dans d’autres cantons. Et là, Fuchs et Glardon tirent le signal d’alarme, surtout lorsque une faculté accueille des gens qui visent à détruire l’institution: «Face à ce que nous considérons comme des dérives par rapport à la foi et à la théologie réformée, nous réagissons comme Luther, invoquons la clause de conscience: «Non possumus».Dans ce sens, si la Faculté – ou tel enseignant de la faculté – n’est plus en état d’apporter ni aide, ni exemple, ni lumières à un ministre en ces domaines, l’Eglise se doit d’autant plus de prendre le relais que la formation professionnelle de douze mois qu’elle dispense ne pèse pas lourd face aux cinq à six années passés sur les bancs de l’Académie.»
Oser s’affirmer, car tout n’est pas égal à tout
Pour Fuchs et Glardon, l’avenir des Réformés est dans un retour aux sources, aux valeurs spirituelles, à l’Evangile, et à l’affirmation de soi. «Après des années de silence et de tolérance molle, le temps est venu pour les réformés de s’interroger sur ce qu’ils défendent et ce dont ils se distancent désormais, sur les conférenciers qu’ils invitent, et sur ceux au services desquels il n’est plus nécessairement pertinent de recourir régulièrement pour contribuer à l’édification du peuple de l’Eglise. Sur les fondements qu’ils entendent se donner et ceux qu’ils récusent désormais. Le postmodernisme implique aussi – soyons cohérents – dans un monde à ce point multiculturel et multireligieux, la volonté, le droit et la capacité de s’affirmer face à d’autres, voire les contester si besoin est.»
Ce besoin d’affirmation de soi, qui n’est jamais que la manifestation courageuse d’une Foi, doit aussi se traduire dans les rapports à l’Autre, et aux autres religions. Les pasteurs Fuchs et Glardon osent le dire, et on les en remercie: «Le christianisme réformé de demain, s’il veut perdurer, ne peut ainsi que redevenir plus apologétique et plus polémique qu’il ne l’est aujourd’hui. Il est des compréhensions de la théologie, du pluralisme, du multitudinisme, de la déontologie et de l’éthique, voire de l’oeucuménisme, et du dialogue interreligieux auxquels il convient désormais de s’opposer en toute charité: tout n’est pas égal à tout.»
Les réformés, porteurs d’un message «spécifique et irremplaçable», selon André Gounelle, doivent absolument «retrouver une réelle fierté à le communiquer dans un monde en totale perte de repères. Ils peuvent parfaitement le faire, non de manière déguisée (en évoquant des «valeurs chrétiennes à portée universelle»), mais bien comme disciples de Jésus de Nazareth (reconnu comme Christ), et comme membres d’Eglises qui se savent responsables de partager – à temps et parfois à contretemps – une Parole interpellante de remise en cause et de libération face à toutes les idoles et à tous les asservissements du temps. Paroles débouchant immanquablement sur une éthique.»
Une immense soif de repères
Cette affirmation d’un «message spécifique et irremplaçable» est fondamentale en effet, puisque, comme le soulignent les pasteurs Fuchs et Glardon, notre société souffre d’une dramatique pertes de repères. Nous sommes dans une société «hyperpermissive, dont les modèles structurants (véhiculés par la télévision, les affiches et les magazines) ne sont plus de patriarches bibliques, des héros grecs ou des saint(e)s, mais des people, des traders, des actrices et acteurs de cinéma, des animateurs TV, des footballeurs, idoles d’un moment.»
L’absence de repères n’est pas une libération, car l’individu sans repères et sans valeurs est mûr pour toutes les manipulations. Beaucoup de nos contemporains souffrent profondément de cette perte de repères, preuve en soi l’engouement dont jouissent les mouvements évangéliques, qui précisément proposent des repères – ou le choix du Général Guisan comme Romand du XXe siècle.
C’est à cette soif de sens et de valeurs que les Eglises réformées doivent répondre. Certes, elles se préoccupent beaucoup de la faim dans le monde, et multiplient les oeuvres caritatives; mais la faim de spiritualité de nos concitoyens est au moins aussi dramatique que la pénurie alimentaire en Afrique, et demande des réponses fortes, qui hélas ne viennent pas.
* Editions Ouverture, 2011.
Prochain article: Mariage, homosexualité… L’Eglise a-t-elle trop concédé ?
11:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : eglise, réformés, protestants
03.11.2011
Maillard, homme d'Etat
Pierre-Yves Maillard a la carrure d’un homme d’État – espèce rare s’il en est. Au-delà des divergences idéologiques, les Vaudois ont tout à gagner de son accession au Conseil fédéral. Il faut donc soutenir sans réserves sa candidature.
Qu’est-ce qui fait un homme d’État ? Il n’y a pas de recette précise, et c’est tant mieux: un homme d’État (cela vaut aussi pour une femme, faut-il le préciser) s’impose et se perçoit comme tel, sans qu’on ait besoin de le mesurer à l’aune d’improbables paramètres. Disons qu’il doit avoir du charisme, verbal mais aussi physique, en ce sens que par sa seule présence, il crée une ambiance particulière et attire l’attention. Il lui faut une structure personnelle forte, fondée sur des valeurs acquises tôt, et défendues avec constance. Il faut un sens aigu et intuitif de l’intérêt général, et la volonté de s’y consacrer. Il faut une autorité naturelle positive, qui agit non pas par la crainte qu’elle inspire, mais par la motivation qu’elle suscite.
Pierre-Yves Maillard a ces qualités, et d’autres encore. En particulier, il a des traits de caractère propres à séduire les grands électeurs de l’autre bord – on pense en particulier à ceux de l’UDC. Comme eux d’une certaine façon, il est droit dans ses bottes, ce qui rassure: on sait à qui on affaire, en tout cas pas à une girouette. Il est certes prêt à transiger, comme tout membre d’un collège exécutif, mais pas au-delà de la limite qu’il s’est fixée, ce qui mettrait en cause ses convictions profondes. Il répugne aux manœuvres de couloir et aux magouilles électorales, qu’il semble juger – à juste titre – comme indignes de la fonction. Et il est capable de sortir de ses gonds, ce qui est toujours bon signe chez un dirigeant, preuve qu’il n’est pas un froid calculateur.
Le ministre vaudois de la santé cultive également des valeurs qu’on pourrait qualifier de conservatrices, dans le meilleur sens du terme, notamment en termes de souveraineté. Par exemple, il est assez à cheval sur l’auto-approvisionnement de la Suisse, à l’heure où tant de politiciens rêvent de liquider l’agriculture sur l’autel de la mondialisation, de l’intégration européenne et de l’urbanisation galopante. Écoutons ce qu’il disait le 2 novembre dans Le Temps: «Le degré d’auto-approvisionnement brut était de 62% en 2008, en légère baisse. Le taux garanti devrait donc être fixé à peine au-dessous. Au moment où il est question d’augmenter le libre-échange, notre société doit affirmer qu’elle veut et peut produire une part notable de ce qu’elle consomme. Nous sommes confrontés à une industrialisation de la production agricole qui a généré des risques sanitaires et une augmentation des transports nuisible à l’environnement. Si une population ne peut pas se donner des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et sociale, si elle ne garde pas le contrôle sur une certaine part des biens et des services existentiels, alors elle ne dispose pas d’une vraie souveraineté.»
Sans doute, Pierre-Yves Maillard peut-il susciter des inquiétudes à droite, car il pèsera – quoi qu’il arrive – d’un poids décisif dans les futures orientations de la politique de santé, en particulier dans l’avènement, inévitable, de la caisse unique pour l’assurance de base. Mais certes: qui, à droite, peut encore décemment défendre la situation actuelle ? La droite ouverte et entrepreneuriale devrait être plutôt rassurée par sa vision en matière de développement énergétique, qui vise à dégager la piste pour les projets qu’il est indispensable de mettre en œuvre sans délais: moins d’obstacles administratifs, davantage de financement.
Depuis plusieurs années, le Conseil fédéral est réputé être un gouvernement faible. La première responsable de cette situation est l’Assemblée fédérale, qui choisit systématiquement des politiciens mous du genou, plutôt que des personnalités fortes susceptibles de lui résister – dernière victime en date: l’excellente Karin Keller-Sutter. Plus que jamais, notre gouvernement a besoin de leaders, plutôt que d’administrateurs doués. Il en va de sa crédibilité face aux citoyens, et face au reste du monde. En ce sens, la présence de Pierre-Yves Maillard au Palais fédéral serait un bienfait, qui apporterait, longtemps après le regretté Jean-Pascal Delamuraz, une présence vaudoise bien profilée au gouvernement, forte d’un mélange de retenue et de rondeur, d’efficacité et d’obstination, et surtout d’une vision politique à long terme pour le pays.
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30.10.2011
Nordmann et Cherix ou la tentation autoritaire
MM. Roger Nordmann et François Cherix, socialistes capricants, ont mis leurs forces en commun pour écrire un livre de trente-quatre pages et demi, en gros caractères, publié par les Editions Favre, sous le titre: "La Suisse ou la peur". Ils l'ont fait traduire en allemand, pour que nos Confédérés ne soient pas injustement privés du fruit de leur pensée.
Leur prose a séduit les médias – c'était le but, on y reviendra – mais dans des proportions qui laissent songeur. L'Hebdo, par exemple, leur a consacré un boulevard dont le lignage devait être du double ou du triple de celui du livre ! 24 Heures a aussi publié un gros article, et tout comme L'Hebdo, sans approche critique, juste la pommade. Et de grandes photos. Ah! Les photos ! MM. Normann et Cherix se sont fait photographier à Berne, dans des poses à la James Bond, tenant leur opuscule à la manière d'une arme à feu. Il semble que le profond ridicule de cette mise en scène leur ait échappé...
Mais venons-en au fond car, pour faire mentir l'odieuse calomnie selon laquelle les journalistes ne lisent pas les livres dont ils parlent, nous avons lu ce maigre poulet (au sens littéraire du terme), dans l'espoir d'y trouver matière à quelque féconde indignation. Hélas ! Ce n'est qu'une avalanche de lieux-communs, de postures politiquement correctes, de bavardage à la fois creux et grandiloquent, quelque part entre le maire de Champignac et Achille Talon – en moins rigolo. Voulez-vous des exemples ? Voici une phrase tirée de la partie rédigée par M. Cherix, qui s'adresse à nos compatriotes alémaniques: «Je vous propose d'élire une Assemblée constituante, qui discutera librement des institutions et soumettra aux citoyens des propositions globales et cohérentes. Marquer un temps d'arrêt dans le vie de la Confédération, analyser ses défauts, imaginer des solutions, voilà le défi nécessaire et passionnant. Ensemble, toutes cultures et visions réunies, nous pouvons aider la Suisse à franchir un nouveau seuil qualitatif.» Écrasons une larme...
Si M. Cherix se sent investi d'une mission sacrée, à la manière du Major Davel entendant des voix, Roger Nordmann révèle un peu davantage des intentions profondes de son projet. D'abord, l'Assemblée constituante que les deux auteurs proposent apparaît comme une machine de guerre supposée mettre en échec l'initiative de l'UDC en faveur de l'élection du Conseil fédéral par le peuple (que d'éminents socialistes soutiennent par ailleurs, tels Pierre-Yves Maillard).
Mais il y a plus grave: malgré de prudentes circonlocutions, M. Nordmann s'engage en faveur d'une diminution radicale des pouvoirs des cantons, jugés exorbitants au point de museler le Conseil fédéral. Qui sait si, dans un deuxième temps, il ne s'agira pas de supprimer purement et simplement les cantons, structures jugées archaïques qui empêchent l'établissement d'un pouvoir fédéral fort. Rien de neuf à gauche au reste: il y a 25 ans déjà, Mme Yvette Jaggi qualifiait les cantons d'encoubles. Car un Conseil fédéral fort pourrait enfin prendre, faut-il le dire, des décisions claires, ce qu'on peut traduire, à notre sens, par autoritaires.
En effet, Roger Nordmann rêve d'un Conseil fédéral aux pouvoirs étendus qui, comme dans un régime présidentiel, serait capable de «comprendre les besoins, conduire les changements, défendre l'intérêt général et anticiper les défis à venir. (...) La Suisse a urgemment besoin d'un gouvernement capable de donner des orientations.»
Cet appel à un pouvoir central fort, qui suivrait l'éradication du fédéralisme, se double d'une tendance plus sournoise, si sournoise que nos auteurs ne l'abordent pas de front: c'est le démantèlement des droits populaires. Car pour MM. Nordmann et Cherix, la démocratie directe est comme le fédéralisme: une institution qui a rendu des services, mais qui est devenue obsolète, car elle empêche le Conseil fédéral de gouverner seul et de «conduire les changements.»
Une phrase de M. Cherix a de quoi inquiéter à cet égard: «La facilité avec laquelle il est possible de convoquer le peuple pour lui soumettre n'importe quelle modification de la Constitution, même dangereuse pour la dignité humaine, n'est plus adaptée au 21e siècle; (...) le droit d'initiative est en train de devenir une farce inquiétante. Nous savons bien vous et moi qu'il ne suffit pas qu'une décision soit prise à la majorité pour qu'elle soit légitime; encore faut-il qu'elle ne détruise pas les principes et le cadre qu'elle prétend servir.» Est-ce assez clair? Demain, c'est du parti socialiste que viendront les attaques contre la démocratie directe.
Résumons: nos auteurs veulent un Conseil fédéral fort, débarrassé de toute encouble – les cantons, le peuple, voire le parlement. Pour faire quoi? Anticiper et «relever les défis», comme disent les politiciens fatigués ? En réalité, il s'agit de donner les mains libres au Conseil fédéral pour nous pousser dans l'Union européenne, sans possibilité de résistances cantonales ou populaires. C'est dans ce but que ces deux messieurs se répandent dans la presse, pour petit à petit convaincre le peuple que la Suisse se trouve dans une impasse institutionnelle.
Actifs tous deux dans ce qu'on appelle la com, ils savent très bien que les médias, qui sont du même bord qu'eux, sont beaucoup plus vulnérables au discours anti-suisse que le peuple, qui a davantage de jugeotte. C'est pourquoi ils ont ciblé – avec succès – les grands médias, sachant d'avance qu'il suffit de se montrer critique envers les institutions suisses, et de parler d'Europe, pour qu'un magazine comme L'Hebdo vous offre dix pages de promotion; avec, si tout va bien, l'appui d'un édito du rédacteur en chef – voire, adoubement suprême, un édito de Jacques Pilet !
Leur espoir est qu'à force d'entendre parler d' impasse institutionnelle, les Suisses finissent par croire que c'est vrai, et qu'ils se prêtent alors au démantèlement de leurs propres droits démocratiques, courbent l'échine et passent sous les fourches caudines de l'Union européenne, qui nous fera payer cher notre fierté passée car, selon Roger Nordmann, la Suisse se conçoit «en opposition à l'Europe et au reste du monde, dans une névrose oscillant entre la paranoïa et un complexe de supériorité trahissant davantage d'angoisse que de confiance. La xénophobie, le nationalisme, l'autocélébration sont devenus le langage commun, comme si la Suisse pouvait être une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité.»
Il n'y a qu'une seule réponse à donner à MM. Nordmann et Cherix, qui manifestement n'aiment pas la Suisse telle qu'elle est, et telle que la veulent la majorité des Suisses: oui, la Suisse est une île de bonheur et de prospérité au milieu d'un océan d'échecs et de médiocrité, il suffit de regarder autour de nous. Et elle le restera tant qu'une majorité se lèvera pour dire non aux incendiaires.
Philippe Barraud
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19.10.2011
Tunisie, Egypte: une révolution à la dérive
Les médias continuent à surfer sur les aspects anecdotiques du printemps arabe, l’utilisation des réseaux sociaux, les jeunes blogueurs, un supposé vent de liberté… En attendant, les islamistes tissent leur toile dans la plus grande discrétion, et ça, ce ne sera pas une «révolution Facebook».
Voyez la Tunisie: on nous couvre de reportages et d’interviews de jeunes gens, anciens combattants déjà de la révolution. Ce n’est pas sans intérêt, mais c’est bien répétitif. Surtout, cela ne nous dit pas grand chose de ce qui va émerger de ces événements, on nous berce dans un romantisme post-révolutionnaire cool qui n’est plus du tout de mise, hélas.
Ainsi, on apprend incidemment que les islamistes, désormais constitués en parti (interdit sous le régime Ben Ali), sont crédités de 20% des suffrages aux prochaines élections à la constituante, leur mouvement étant d’emblée le «grand favori» des élections.
Puis on entend d’une oreille inquiète que le film iranien Persépolis fait scandale dans le pays, au point qu’à Tunis, à l’appel des salafistes, la télévision privée Nessma a fait l’objet d’une tentative d’incendie. Et on a vu fleurir sur Facebook – oui, les réseaux sociaux sont utilisés pas tous – des appels à «brûler Nessma et à tuer les journalistes.» Ces manifestations d’intolérance, sous un prétexte futile, mais qui donne la mesure du radicalisme qui s’installe, sont d’autant plus préoccupantes qu’elles émanent non pas de quelques barbus incultes, mais d’intellectuels, parmi lesquels de nombreux avocats.
Selon le site d’information Algérie 360°, les accrochages entre islamistes et partisans de la laïcité sont loin d’être isolés. Ainsi, peut-on lire sur le site, «samedi dernier, la faculté des Lettres de Sousse a été envahie par près de 200 personnes après l’interdiction faite à une étudiante portant le niqab de s’inscrire sur le campus. Les enseignants et le doyen ont appelé le ministère de tutelle à maintenir le refus du niqab à l’université et à lutter contre toute forme de fanatisme religieux.»
En Egypte, les perspectives sont tout aussi inquiétantes. Les Chrétiens y sont de moins en moins tolérés, ils désertent le pays – comme ils désertent, sous la violence, la plupart des pays d’un Moyen-Orient de plus en plus tenté par l’islamisme radical, sous le regard indifférent du monde occidental, si peu chrétien désormais, il est vrai. En Egypte aussi, les extrémistes ont le vent en poupe, et pourraient bien imposer leur loi encore plus durement, alors que déjà la constitution repose sur la charia.
Il faut certes se garder de tout excès de pessimisme, mais on peut craindre que le couvercle islamiste écrase bientôt les libertés récemment conquises par le renversement des dictateurs, et ce en toute légalité, puisque ce sera à travers les urnes. Que deviendront, alors, les sympathiques blogueurs du printemps arabe? Et nous, Occidentaux, comment réagirons-nous?
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17.10.2011
Mais dans quel camp jouent le WWF et Pro Natura?
On s’attendait à ce que l’annonce du lancement d’une initiative pour la protection du loup, du lynx et de l’ours dans la Constitution fédérale suscite, chez les associations de défense de l’environnement, un grand enthousiame. Las! Pro Natura et le WWF n’ont réussi qu’à ratiociner et déconsidérer cet excellent projet.
La protection des rares prédateurs qui peuplent encore nos forêts et nos montagnes s’affaiblit. Avec obstination, le lobby des chasseurs, qui est grossièrement surreprésenté au Parlement, travaille à faire tomber la protection relative dont jouissent ces animaux indigènes. Une option, pour le moment refusée, mais ils reviendront à la charge, consistait à confier la gestion des prédateurs aux cantons.
Une idée absurde: comment gérer à ce niveau des animaux extrêmement mobiles, qui ne se soucient pas des frontières cantonales? C’est comme si l’on voulait confier la planification des autoroutes aux cantons! De plus, il n’est pas rare que les conseillers d’Etat responsables soient eux-mêmes chasseurs, tout comme les surveillants de la faune: autant dire qu’on ne peut leur accorder qu’une confiance limitée.
Ce n’est pas partout le cas, soyons justes: les Vaudois peuvent se réjouir d’avoir en Mme de Quattro une responsable de la faune aux idées modernes, et fondées sur des considérations scientifiques davantage que cynégétiques. Mais à quelle adversité n’est-elle pas confrontée, de la part de ceux qui rêvent d’éradiquer les prédateurs pour pouvoir justifier leurs cruels amusements!
On ne sait pas encore précisément qui lancera l’initiative pour la protection des grands prédateurs; on parle d’un mouvement genevois qui, par le passé, a remporté de remarquables succès auprès des électeurs. Quoi qu’il en soit, la réaction de Pro Natura et du WWF est consternante de pusillanimité et de molesse. Ils craignent, ont dit leurs porte-paroles à la radio, de “réveiller les passions”; ils affirment préférer agir “par la prévention”. On croirait entendre quelque concepteur de campagnes du Département fédéral de la santé publique, à l’appui de ces campagnes de prévention qui ne servent à rien, mais coûtent très cher.
Le rôle de telles associations n’est pas seulement d’éviter les débats et de faire de la “prévention”, il est d’agir chaque fois que cela est possible. Il est aussi de soutenir les initiatives qui vont dans le bons sens, même si elles émanent d’autres cercles, plutôt que de les torpiller.
Au reste, on se demande comment les fonctionnaires de ces associations peuvent porter des jugements aussi péremptoires, sachant qu’une grande majorité de la population – et des membres de ces associations! – sont pour une protection efficace des prédateurs. La moindre des choses serait qu’ils fassent preuve d’une certaine humilité, avant de choquer ceux qui les paient.
Il est à souhaiter que l’initiative pour la protection des prédateurs aboutisse, et que le peuple puisse se prononcer. La présence de ces animaux dans nos forêts est essentielle au bon équilibre de la faune, et en assure une gestion autrement plus naturelle que celle de la grenaille et du plomb. Quant au WWF et à Pro Natura, on attend d’elles qu’elle adoptent une attitude un peu plus écologique et un peu moins politicarde, sans quoi beaucoup de leurs membres, à notre image, suspendront leur cotisation!
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01.07.2011
Le conservatisme paresseux d'un ministre vert
Le conseiller d’Etat François Marthaler est le meilleur ennemi des Vaudois qui se préoccupent de protection de l’environnement. Il n’a pas son pareil pour décevoir les attentes les plus élémentaires. Il appartient au parti des Verts.
Le ministre responsable des infrastructures prépare pour cet automne une spectaculaire régression du canton de Vaud en matière d’énergie solaire. Jusqu’à maintenant, les projets d’équipement photovoltaïque ont été systématiquement entravés, retardés ou torpillés par les pléthoriques services de l’Etat, qui rivalisent de procrastination ou d’incompétence pour décourager toute initiative individuelle. Dernier épisode en date: l’église catholique de Cully, qui de guerre lasse s’équipera en chauffage au gaz, puisque le canton a balayé ses projets photovoltaïques.
On aurait pu espérer que, Fukushima aidant, les choses allaient s’améliorer. Hélas, ce sera pire… Aux dires de M. Marthaler en effet (24 Heures du 30 juin), les projets photovoltaïques seront purement et simplement interdits dans les territoires inscrits à l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger en Suisse. Facile: plutôt que de rechercher des solutions techniques et esthétiques innovantes, on interdit tout ! Voilà qui est particulièrement stimulant pour l’industrie et les architectes… Pour le conseiller d’Etat, «il est stupide d’aller mettre de tels panneaux sur les toits des maisons dans les villages. Je veux favoriser les grands projets de compagnies électriques», à ses yeux plus rentables et raisonnables.
Ce discours est particulièrement consternant. Il va à l’encontre de toute idée de décentralisation de la production d’électricité, alors même que c’est possible et souhaitable, pour conserver aux sociétés électriques (dont l’Etat et les communes sont actionnaires…) un juteux monopole en la matière. Il faut espérer qu’il se trouvera une majorité au Grand Conseil pour refuser cette politique rétrograde, et qu’au contraire la personne qui succédera à M. Marthaler au Conseil d’Etat saura ouvrir les portes, plutôt que de verrouiller toute innovation.
On dit cela car il est inconcevable que M. Marthaler continue à faire de l’anti-écologisme primaire au gouvernement. En la matière, sa plus grande réussite réside dans le fait qu’en huit ans, aucune piste cyclable digne de ce nom – c’est-à-dire séparée du trafic motorisé – n’a été créée dans le canton. Il fallait le faire!
L’énergie solaire photovoltaïque est la plus prometteuse des sources d’énergies renouvelables, son potentiel de production est énorme. Mais pour pouvoir en tirer les avantages avant la fin du nucléaire, il faut autre chose que le frein à main géant d’un ministre sans inspiration, autre chose que la tyrannie d’une administration en roue libre. Si une partie de la population vaudoise paraît faire une fixation sur les éoliennes, il n’en va pas de même pour les panneaux solaires, guère plus visibles que les velux qui percent les toitures. Les communes sont généralement aussi favorables à cette diversification bienvenue. Seul l’Etat freine, empêtré dans un conservatisme paresseux. Il faut que ça change.
Philippe Barraud
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17.05.2011
“PC familles”: la Bérézina du PLR
Que les Vaudois aient accepté les “PC familles” à plus de 61% est une excellente chose. Ils ont montré que face à la précarité qu’endurent, de plus en plus nombreux, nos concitoyens, le mépris et l’arrogance ne sont pas des options dignes. Mais quel désastre pour les libéraux-radicaux, qui ont retourné leur veste et se sont mis aux ordres du patronat! Cette énorme bourde politique leur enlève encore un peu du crédit qui leur reste.
Dès l’annonce du lancement du référendum par le Centre patronal, nous avons dit que la droite se tirait une balle dans le pied. Un avertissement évidemment pas pris au sérieux, tant l’outrecuidance et la cécité politique (cela va en général de pair) sont grandes chez les radicaux-libéraux. Ils auraient dû vigoureusement se distancer du référendum, monter au créneau pour défendre une loi qu’ils ont votée, et qui est une bonne loi. Or, ils ont fait exactement le contraire: ils se sont mis aux ordres du patronat – génial pour l’image! – et n’ont même pas eu la décence de se distancer des aspects les plus méprisants de la campagne, assimilant les familles pauvres à des paresseux: c’est bien connu, si on est pauvre, c’est qu’on fait exprès!
Cette duplicité du centre-droite vaudois est certainement l’aspect le plus détestable d’une campagne particulièrement pénible du fait de la brutalité des référendaires. Au Grand Conseil, nombre de députés des partis radical et libéral ont voté en faveur de la loi sur l’aide aux familles en difficultés. Mais durant la campagne, l’officialité de ces deux partis s’est sottement rangée sous la bannière de ceux qui ont lancé le référendum, prenant le risque de dévaster davantage encore l’image de partis à la réputation déjà bien faisandée. Quelques députés ont sauvé l’honneur en soutenant publiquement la loi; mais la plupart ont fait preuve d’une profonde couardise, au mieux, et de double langage, au pire. L’électeur a de la mémoire, il s’en souviendra dans quelques mois. Préparez vos mouchoirs…
Le PLR a commis dans cette campagne une autre erreur de lecture magistrale. Ils se sont rassemblés non contre un projet de loi, mais contre le conseiller d’Etat qui l’a portée à bout de bras. Ils ont cru pouvoir bricoler, avec l’aide des associations économiques, une machine de guerre anti-Maillard. Or pour se lancer dans ce genre d’entreprise, il faut avoir les moyens. Ils ne les avaient pas, d’autant que leur combat était mauvais sur le fond. Aujourd’hui, celui qu’ils voulaient affaiblir est plus fort que jamais, et ils ne doivent pas s’attendre à ce qu’ils leur fasse des cadeaux.
Les milieux patronaux ont subi une défaite politique importante. Gageons qu’elle leur ouvrira les yeux, voire le coeur, sur une réalité sociale bien plus complexe, et souvent bien plus dramatique, qu’ils ne l’imaginent du haut de leur palais de verre. Mais eux du moins n’ont pas besoin d’être réélus. Tranquilles, ils peuvent passer à l’ordre du jour lundi matin. Pas les politiciens. Eux doivent être élus, eux doivent rendre des comptes devant le peuple. Le passage à la caisse sera douloureux. Puissent les politiciens de droite qui se sont démarqués en profiter!
Philippe Barraud
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14.05.2011
Merz a bon dos !
Il a bon dos, Hans-Rudolf Merz ! Par des fuites soigneusement organisées, Mme Widmer-Schlumpf laisse entendre que les réformes fiscales mises en place par son prédécesseur auront des conséquences beaucoup plus graves que prévu sur les finances fédérales.
Pour ce faire, elle se fonde sur des estimations élaborées par l’administration. Or, cette administration est la même qui conseillait Hans-Rudolf Merz. Les mêmes chefs d’office, les mêmes actuaires, les mêmes fonctionnaires. Alors de deux choses l’une: ou bien ils élaborent des estimations “politiques”, optimistes ou pessimistes, à la demande du patron; ou bien ce sont des manches, qui ont été incapables de renseigner correctement leur conseiller fédéral. Dans tous les cas, ils devraient assumer leurs responsabilités, plutôt que de servir la soupe à Mme Widmer-Schlumpf pour accabler son prédécesseur.
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10.05.2011
Pourquoi la NASA ne fait plus rêver
Il est loin le temps où les missions Apollo, les navettes et les premières images du télescope spatial Hubble faisaient rêver le monde entier, bien au-delà du monde scientifique. L’agence gouvernementale américaine avait du souffle, elle ouvrait des horizons inimaginables, et tous les gamins voulaient devenir astronautes. Qu’en reste-t-il ?
Les navettes ne volent plus – la toute dernière partira… on ne sait pas quand, et c’est tout un symbole –, et les projets de missions habitées vers la Lune ou Mars sont au point mort: trop cher. Plus dérisoire encore: dès la mise au rancart des navettes spatiales, les Etats-Unis, première puissance mondiale, n’auront aucun moyen propre d’envoyer des hommes dans l’espace! Il faudra solliciter la Russie, en attendant que le secteur privé américain ne développe des moyens de transport.
Bien sûr, la crise est passée par là, la dette américaine a les dimensions d’un trou noir, et le président Obama n’a qu’un intérêt modéré pour l’exploration spatiale. Mais si la NASA ne fait plus rêver, elle en est la première responsable. C’est en tout cas l’avis de Daniel Baker, directeur du Laboratoire pour la physique de l’atmosphère et de l’espace de l’Université du Colorado. Selon lui, l’agence est gangrenée par une aversion au risque paralysante, qui non seulement bride l’imagination et l’audace de ses chercheurs, mais induit une explosion des coûts, puisqu’il faut à tout prix éviter les échecs et les accidents. Daniel Baker cite l’exemple du futur télescope spatial James Webb et du nouveau véhicule robotisé martien, dont le lancement est sans cesse reporté, et dont les coûts explosent: pour le premier, la facture atteint les 7 milliards de dollars, et plus de 2 milliards pour le second. Sans parler des projets, enterrés par le président Obama, d’envoyer des hommes sur Mars, voire seulement sur la Lune.
Le déclin de la NASA peut-il être stoppé? Daniel Baker en est convaincu, mais il faudra en payer le prix. Et ce sera moins un enjeu financier que psychologique. Il faut d’abord que l’échec d’une mission à haut risque devienne de nouveau une option acceptable, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. On ne parle pas ici de missions habitées bien entendu, mais de missions robotiques. Ensuite et surtout, il faut à la NASA un appui politique constant et durable, sans quoi aucun projet ambitieux n’est possible: «Pour stopper le déclin et propulser les Etats-Unis vers un leadership international indiscutable, la NASA doit être autorisée – mieux, encouragée – à prendre les risques inhérents à la poursuite de missions audacieuses et ambitieuses, riches de défis scientifiques et techniques. (…) Il faut demander à la NASA d’entreprendre des missions de découverte d’une audace inimaginable, dans tout le spectre de ses activités. La NASA doit répondre à l’appétit du public pour l’aventure, à l’imagination d’Hollywood pour des exploits audacieux, et au besoin stratégique de la nation de sans cesse faire avancer la technologie ».1
Il est évidemment difficile de dire si c’est le déclin de la NASA qui a suscité le déclin de l’intérêt du public pour l’exploration de l’espace, ou l’inverse: mais le fait est que le manque de motivation du monde politique américain pour cette cause a eu des effets dévastateurs. Remotiver la NASA passe donc par un soutien renouvelé du Congrès, de la présidence et des universités, afin qu’elle ose à nouveau prendre des initiatives fortes et mobilisatrices, et se lance dans des projets que beaucoup croiront impossibles à réaliser. En d’autres mots, que la prise de risques devienne un moteur, plutôt qu’un frein.
1. Sky&Telescope, juin 2011.
Philippe Barraud
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18.04.2011
Arrogance et mépris
Etre de droite ne signifie pas mépriser les pauvres. C’est pourquoi la droite politique vaudoise devrait se distancer clairement de la campagne des milieux patronaux contre les «PC familles», objet de la votation du 15 mai. En effet, cette campagne est indigne.
Comment ne pas être choqué des affiches brutales du comité référendaire, qui ose reprendre la rengaine selon laquelle les chômeurs, et les pauvres en général, sont des paresseux qui ne veulent pas travailler?
En ce sens, accuser une mère célibataire, qui se débat dans des difficultés inextricables, de paresse, parce qu’elle ne peut pas travailler à 100%, est indécent. Et les remèdes proposés – «la formation» –, sans plus de détails, ne le sont pas moins: comme si quelqu’un qui n’arrive pas à payer ses factures, malgré son travail, pouvait encore distraire du temps et de l’argent pour une hypotéthique «formation».
Dans le collimateur du référendum sont aussi les chômeurs âgés. Déjà assommés par les effets rétroactifs de la révision de l’assurance-chômage, avec des perspectives d’emploi strictement nulles (les employeurs sont placés pour le savoir), ils pourraient encore perdre la planche de salut sous forme de rente-pont prévue par le paquet social du 15 mai.
Cette campagne atteint des sommets d’arrogance, mais aussi de pingrerie, puisqu’elle conteste un prélèvement parfaitement dérisoire sur les salaires – la moitié d’un paquet de clopes par année. Surtout, elle renvoie avec un mépris intolérable les working poors à leurs difficultés, à la façon d’une Marie-Antoinette: «Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!».
Les partis du centre droit vaudois paraissent promis à une nouvelle déculottée cet automne. Le référendum et la campagne de leurs alliés patronaux y contribueront largement, n’en doutons pas. Il est encore temps pour eux de prendre leurs distances, et de rappeler, mais de manière audible, par des affiches et des annonces, que les «PC familles» ont été largement soutenues par le Grand Conseil.
Philippe Barraud
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